mardi 26 mai 2009

[ARS MAGNA] - DORISON Xavier & BRECCIA Enrique, Les Sentinelles, ou Les super-héros français dans la tourmente de la Grande Guerre

[ARS MAGNA] - DORISON Xavier & BRECCIA Enrique, Les Sentinelles, ou Les super-héros français dans la tourmente de la Grande Guerre

« Parce qu’il fallait dépasser les capacités humaines… la science les a inventés. »

Scénariste à succès (auteur de Le Troisième Testament, W.E.S.T., Long John Silver, Prophet, Sanctuaire, XIII Mystery entre autres), Xavier DORISON s’est essayé avec sa série LES SENTINELLES à la fresque historique. Toutefois, il porte sur la Grande Guerre un regard original en amenant l’idée de super-héros français créés pour venir à bout de l’envahisseur allemand, et s'inscrit alors dans ce que l'éditeur Delcourt décrit comme de la "rétro-science-fiction".

Les Sentinelles de la liberté

I- Iron Man, sentinelle de la liberté

La première page du premier tome de la série Les Sentinelles permet à Xavier DORISON de présenter le personnage appelé TAILLEFER, une arme française déployée dès 1911 au Maroc... un super-héros qui paraît invincible depuis qu'il s'est vu greffé des membres métalliques. TAILLEFER progresse alors sur le champ de bataille, prenant les vies sans jamais perdre la sienne...

Taillefer lors de sa première mission au Maroc en 1911

Toutefois, il faut voir qu’il aurait pu en être autrement… Cette série aurait en effet pu ne pas voir le jour. De fait, Rich JOHNSTON évoque les origines des Sentinelles dans son Lying in the Gutters du 18 mai 2009 et met en avant le fait qu’initialement, il s’agissait d’un projet d’album consacré à IRON MAN pour la collection Transatlantique des éditeurs Marvel et Panini. C'est finalement la fin de la collection qui a précipité le recyclage de l’intrigue et des personnages... donnant naissance aux Sentinelles.

« So what happens if you’re a big name creator asked to pitch top Marvel but it doesn’t work out? Just change a few names, find another publisher, and own the whole thing yourself…

That’s what happened with French writer Xavier DORISON. He took his Iron-Man-in-World-War-One pitch and turned it into Sentinelles, drawn by Enrique BRECCIA. »
Rich JOHNSTON

«Dans un premier temps, j’avais eu une proposition des éditions Marvel pour écrire une histoire d’un de leurs personnages au choix. Mon idée avait été de leur proposer une aventure d’Iron Man en 1917.»

Xavier DORISON expose lui-même ce changement dans un entretien accordé au site Actu BD :

« Dans un premier temps, j’avais eu une proposition des éditions Marvel pour écrire une histoire d’un de leurs personnages au choix. Mon idée avait été de leur proposer une aventure d’Iron Man en 1917. Et puis, pour des raisons complexes, Marvel a dû abandonner sa collaboration avec des auteurs européens. M’est restée cette idée de mélanger le mythe du super-héros et l’époque de 14-18 – c’est quelque chose qui me traînait dans la tête depuis longtemps : comme souvent, on plante une sorte de graine, et puis toute seule elle finit par germer… »

II- Dans la tourmente de la Grande Guerre

« Mes chers compatriotes, La France a tremblé. Assaillie par les hordes germaniques, nos belles provinces ont vu leur sang couler, leurs fils se sacrifier et leurs femmes pleurer. Vous aviez le courage et la force, mais l'ennemi, par son nombre écrasant et par ses ruses félonnes, a su profiter de notre honneur et de notre droiture. Nous sommes chevaliers, alors il s'est fait rat ou serpent pour mieux nous terrasser la nuit. »
Propos du Colonel Fulbert Mirreau, extraits du journal vendu avec la prmeière édition des Sentinelles # 2: La Marne

Taillefer, immortel, porte un de ses camarades qui n'a pas sa chance

C'est la France qui sert de cadre à l'intrigue. Une France déchirée. Une France perdue, résolue à oublier le monde de la Belle-Epoque pour retrouver la cruelle réalité. Xavier DORISON a ainsi exprimé l’idée que ce n’est pas tant la guerre en tant que telle qui l’intéresse, mais bel et bien le retournement profond qui frappe les mentalités français au cours de cette période : de fait, pour la France, la Grande Guerre exprime la fin d’une époque, la fin d’un monde où elle s’inscrivait aux côtés de l’Allemagne et du Royaume-Uni parmi les plus grandes puissances mondiales. Une situation que l’on retrouve bien dans Les Sentinelles, où l’on assiste avec effroi à l’incapacité de l’armée française à repousser les troupes de l’envahisseur d’outre-Rhin… Une situation qui finit par justifier la création de méta-humains : les SENTINELLES, arme ultime de l'armée française.

« L'horreur de la guerre... ou plutôt sa réalité, trouve son expression parfaite dans les graphismes somptueux de l'Argentin Enrique BRECCIA.»

Le scénario concocté par DORISON montre habilement le trouble qui agite la population à l'époque: les Français ont du mal à accepter la guerre, tant ils étaient persuadés que celle de 1870 serait la dernière. Ils craignent de devoir faire face à la réalité, mais la création de la division de super-humains baptisé Sentinelles montre qu'ils finissent par s'y résoudre. Ce sont alors ces héros qui vont incarner la liberté et l'espoir pour la France. Ces héros, porteurs d'espoirs, un peu comme le Captain America pour les Américains de la Seconde Guerre Mondiale.

« Là n’est pas la question. Bientôt, tous les Français auront le regard fixé sur vous. Je veux que chaque soldat s’imagine être sous ce casque… être vous ! Bravo ! Vous voilà TAILLEFER ! Soldat de la France, et propriété de la République ! »

Il faut voir néanmoins que la blitzkrieg déployée par l'armée allemande va précipiter le sort des Sentinelles... Eux qui s'imposaient sur le champ de bataille de par leur caractère indestructible ont été rejetés par l'armée qui continue d'essuyer de lourdes pertes. C'est finalement une stratégie décisive imaginée par le général Gallieni qui va réhabiliter les Sentinelles et exploiter leurs compétences hors-normes, quitte à les dépêcher au coeur des lignes ennemies. Une mission risquée, mais qui pourrait ranimer une fierté perdue dans les défaites sanglantes d'août 1914 lors de la terrible Bataille de la Marne.
La mission de reconnaissance vers Soissons... peut-être la découverte d'une faille chez l'ennemi ?

« Septembre 1914. La victoire du Kaiser semble aussi proche qu'inéluctable... Et pourtant, le général Gallieni croit qu'un sursaut est possible. Seule preuve de cette opportunité, une photo prise au-dessus de la zone ennemie. Mais qui oserait aller la récupérer ? Qui pourrait traverser la Marne pour ranimer la flamme d'une fierté perdue dans les défaites sanglantes d'août ?... Qui ?... Sinon les Sentinelles ! »

L'horreur de la guerre... ou plutôt sa réalité, trouve son expression parfaite dans les graphismes somptueux de l'Argentin Enrique BRECCIA. Peintre, illustrateur, auteur de bande dessinées, Enrique a collaboré avec les plus grands scénaristes dont Carlos TRILLO (Alvar Mayor), avant de travailler sur X-Force (X-Force vol.1 # 109 : Shockwave # 4 : Murder Ballads, aux côtés de Ian EDINGTON et Whilce PORTACIO, sur un scénario de Warren ELLIS) et de Batman (Gotham Knights # 16 : The Bat No More… ?, sur un scénario d’Alan GRANT, en 2001). Il faut voir que s’il a l’habitude de travailler en noir et blanc, pour Les Sentinelles, il a utilisé de l’encre de Chine au pinceau, puis des encres proches de l’aquarelle, ce qui donne naissance à des planches évoquant de majestueux tableaux. On se surprend alors à admirer la beauté des scènes malgré l'horreur des situations représentées.

L'horreur, sombre réalité de la guerre pour les soldats

Néanmoins, il faut bien l’avouer : la partie graphique des Sentinelles s’impose comme une force de l’œuvre, tant elle confère à l’intrigue une atmosphère particulière, entre le gris de la guerre et les couleurs de la belle-époque, instaurant une sorte de compromis, de transition vers un monde qui ne sera plus jamais le même.

« Parce qu’ils étaient incontrôlables, l’armée les a rejetés… parce qu’ils se battront de la Marne à Verdun, la France en fera ses plus grands héros : LES SENTINELLES. »

III- Des super-héros français

« En 1911, lors de l’intervention française au Maroc, une section secrète de l’armée, la division SENTINELLES, teste sa nouvelle arme : TAILLEFER, un soldat sur lequel ont été greffés des membres métalliques. Insensible aux balles, déchirant les barbelés comme du papier, le soldat d’acier semble indestructible… Jusqu’à ce qu’il s’arrête net au beau milieu du combat. Ses batteries sont à plat ! En 1914, inspiré par les travaux de Pierre et Marie Curie, Gabriel Feraud, jeune scientifique, conçoit la pile au radium. Le colonel Mirreau entrevoit alors les potentialités d’une telle énergie sur ses Taillefer… Mais Feraud, antimilitariste, refuse… La guerre est déclarée, Feraud mobilisé. Le 8 août 1914, il est fauché par un obus allemand et amputé de tous ses membres. Transporté à l’hôpital, Mirreau lui fait une proposition : donner la pile au radium au docteur Kropp, le "créateur" des Sentinelles, et devenir le nouveau Taillefer… Sur fond de réalité historique, cet album de "rétro science-fiction" aux couleurs modernes et acides donne naissance, pour la première fois, à un super-héros français : Taillefer. »

"Pour la première fois."

"Un super-héros français."

Deux expressions qui mettent en exergue la volonté de l'auteur de franchir le pas en apportant quelque chose de nouveau au sein de la bande-dessinée franco-belge. Cependant, il faut bien relativiser cette prétention.

Toutefois, le site Bodoï a interrogé Xavier DORISON au sujet des super-héros français:

"Bodoi: Pourquoi n’y a-t-il pas de super-héros français comme on en trouve aux États-Unis ?

Xavier DORISON: Je pense que c’est lié à notre histoire européenne. Les super-héros sont chargés d’idéaux, ils portent haut les valeurs d’une civilisation. Or, en France, depuis 14-18 justement, on est plutôt timide par rapport à nos valeurs, qui ont volé en éclats lors de cette guerre. On préfère mettre en avant notre culture plus ancienne, le Siècle des Lumières, le progrès scientifique… On a perdu nos idéaux. Vous imaginez un super-héros défenseur des 35 heures…?"

Couverture de la première édition des Sentinelles chez Robert Laffont

De fait, les super-héros ont longtemps été l’apanage de la bande-dessinée américaine. Circonscrits à l’univers du comic-book, ils peinent encore à naître au sein de la bande-dessinée franco-belge malgré le succès des super-héros en Europe : ils font l’objet de parodies, comme l’illustrent les cas de Super-Dupont, incarnation d'un patriotisme exacerbé, et dont l'ennemi principal est l'Anti-France. Il fut créé en 1972 par Jacques LOB et Marvel GOTLIB, avec la volonté de reprendre les thèmes chers au comic-book super-héroïque Dans un registre plus sérieux, on a eu droit à PHOTONIK (créé par Ciro TOTA, créé en 1980) puis à MIKROS (créé par John MILTON en 1981), qui côtoyaient les super-héros Marvel dans les revues mensuelles de Lug. Des créations intéressantes, mais qui rarement s'imprégnèrent de ce qui fait la France. Mais c'est plus récemment que le virage a véritablement été amorcé: la série TANÂTOS de Didier CONVARD et Jean-Yves DELITTE, au même titre que Les Sentinelles de DORISON et BRECCIA, a donné naissance à de véritables super-héros à la française, utilisant les codes développés outre-Atlantique et les conjuguant avec la tradition des romans de gare.

"L’homme aux mille visages… Le crime comme raison de vivre, La mort pour alliée..."

Créé en 2007, TANÂTOS, surnommé « Le fils de la mort » ou encore « L’homme aux mille visages », entre en scène en décembre 1913. C'est un malfaiteur qui souhaite se servir du climat favorable à la guerre pour devenir l’homme le plus riche du monde. Sa science du déguisement, ses moyens illimités, son intelligence exceptionnelle, sa totale absence de compassion, lui permettent d’imaginer crimes et machinations avec une parfaite indifférence pour ses victimes. Bien que Tanâtos s’affiche clairement comme un anti-héros, il s’inscrit bel et bien aux côtés des Sentinelles parmi les super-héros français. Coïncidence étrange, il apparaît lui aussi dans le contexte de la Grande Guerre, même si Didier CONVARD utilise davantage les événements annonciateurs de la Première Guerre Mondiale que la guerre elle-même. Toutefois, on note que les grands poncifs du genre sont bel et bien présents, et que le traitement de ces personnages évoque naturellement un retour aux sources. En effet, Gabriel, alias Taillefer, et son acolyte Djibouti, restent des héros dans le sens où ils défendent le sort de la France lors du conflit, mais ils ne partagent finalement que peu des caractéristiques du super-héros américain, se rapprochant clairement des anti-héros qui firent les beaux jours des feuilletons populaires du début du XXe siècle.

« Sur fond de réalité historique, cet album de "rétro science-fiction" aux couleurs modernes et acides donne naissance, pour la première fois, à un super-héros français : Taillefer.»

Il convient alors de rappeler que bien avant l’apparition de Superman, dès l’année 1908, LE NYCTALOPE, héros de feuilleton du quotidien français La Dépêche, réunissait déjà les caractéristiques du super-héros : les pouvoirs, le costume et la double-vie. Créé par Jean DE LA HIRE (1878-1956), il a hanté les pages de ce journal jusqu’en 1945.

Les super-héros seraient peut-être finalement nés en France… Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les Sentinelles sont là, et elles comptent bien perpétuer la tradition.

A VOIR
Bande-dessinée
DORISON Xavier & BRECCIA Enrique, Les Sentinelles # 1 : Les Moissons d’Acier, Robert Laffont, 2008
DORISON Xavier & BRECCIA Enrique, Les Sentinelles # 1 : Les Moissons d’Acier, Delcourt, 2009 (réédition suite au rachat du catalogue Laffont BD par les éditions Delcourt).
DORISON Xavier & BRECCIA Enrique, Les Sentinelles # 2 : La Marne, Robert Lafond, 2009
A propos de…
JOHNSTON Rich, Iron Curtain, Lying in the Gutters, 18 mai 2009, sur Comic Book Ressources
A noter qu’Un Monde de Bulles, dans son émission du 22 mai 2009 consacrées aux éditions Delcourt, a donné la parole à Xavier DORISON pour présenter Les Sentinelles. Cet entretien peut être visionné sur le site de Puclic Sénat, la Chaîne Parlementaire.


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mardi 19 mai 2009

[DELIRIUM] - De la fanfiction: Batman - Abyssus Abyssum Invocat


[DELIRIUM] - De la fanfiction: Batman - Abyssus Abyssum Invocat

Exceptionnellement, la section [DELIRIUM] accueille une fanfiction dédiée à Batman. Elle fut rédigée dans le cadre du concours [Double-Face] lancé par Fanfictions.fr en avril 2009, concours dont elle a gagné à la fois le premier prix et le prix des lecteurs.

BATMAN - Abyssus Abyssum Invocat

1.

Perché sur la plus haute gargouille de la plus haute tour de la cathédrale, c’est l’âme enténébrée que BATMAN contemple le combat de Gotham contre ses propres maux. Recroquevillé sur lui-même, emmitouflé dans sa cape, le chevalier des ténèbres se fond dans la nuit noire.

Non.

Ici, il est la nuit noire. Celle qui s’abat sans crier gare sur les mécréants de toutes sortes qui font régner le crime dans cette cité. Celle qui donne naissance aux cauchemars de tous les super-cinglés du coin. Celle qui est née à Crime Alley.

Prisonnier des ténèbres à combattre les ténèbres. Tel est Batman. Tout simplement.

Ce soir, la lune est gibbeuse. Elle s’impose de toute sa splendeur au-dessus de la métropole où les immeubles futuristes se mêlent aux architectures teintées de gothique et de baroquisme flamboyant. Ce soir, Gotham la Noire est, comme tous les soirs, le théâtre des exactions de criminels de toutes sortes. Et ce soir, comme tous les soirs, Gotham fait confiance à son gardien, l’homme chauve-souris, celui qui veille à ce que l’espoir subsiste toujours au cœur de l’obscurité.

1.1.

Terré derrière la dernière porte de la dernière pièce de sa « demeure impossible » (comme il l’a lui-même baptisée), ce fut le sourire du JOKER qui se dessina quand une idée ô combien géniale et toute aussi maléfique germa dans son esprit retors. Assis confortablement dans son fauteuil éventré puant l’urine, le clown diabolique tenait entre ses mains une poupée du Batman à laquelle il venait d’arracher la tête…

Voilà comment le Batman perdit la tête… des mains d’un homme qui avait perdu la sienne depuis bien longtemps.

Pathologie qui fut cataloguée non-cataloguable par les diagnosticiens de l’Asile d’Arkham, la folie du Joker n’avait d’égal que sa propension à dispenser le chaos. Celle qui semait le trouble à Gotham et inspirait tous ses amis du coin. Celle qui troublait la droiture inaltérable du Chevalier Noir. Celle qui était née à Ace Chemical.

Prisonnier de la folie à combattre Batman. Tel était le Joker. Et heureusement ! Vu comme il s’est éclaté jusqu’à présent...

(rires, rires, et rires…)

Ce soir… Que pouvait-il bien faire ce soir ? Il soliloquait, comme à ses habitudes. Certainement une manière de trouver l’inspiration pour sa prochaine blague adressée au Croisé Masqué. Pour le moment, il ne s’était guère décidé quant à la forme que cette plaisanterie pourrait bien prendre, mais ce qui était sûr, c’était qu’il fallait agir et pousser son ennemi à bout… encore une fois.

Cependant, sa quête d’idées fut stoppée brutalement, quand quelqu’un sonna longuement à la porte de la demeure. Dérangé dans sa réflexion, le Joker se leva en ronchonnant, descendit un escalier, en remonta un autre, et un autre encore, avant de redescendre un escalier en colimaçon débouchant sur un couloir labyrinthique (dans lequel il manqua de se perdre à deux reprises, et ce, malgré sa connaissance de son chez-soi) menant à l’entrée évoquant dans son architecture la bouche et les dents pourries du Joker.

Là, quand il ouvrit, le vieux plaisantin découvrit un invité inattendu : Double-Face.

Ce-dernier entretenait comme à ses habitudes une attitude paradoxale. De fait, il semblait joyeux… et triste à la fois… tout dépendait finalement de quel côté on le regardait. Ici, comme toujours, Harvey Dent s’imposait comme un homme divisé qui affichait sa dualité non seulement dans ses expressions ou dans son code vestimentaire, mais aussi et surtout à travers son porte-bonheur, un dollar en argent à deux faces, qu’il lançait maladivement pour prendre chacune de ses décisions… comme il venait de le faire pour savoir s’il allait toquer ou sonner à la porte.

- Harvey ? Que me vaut une telle visite ? lança le Joker, surpris par cette arrivée impromptue.

Ce fut à ce moment qu’il jeta un œil par dessus l’épaule de son visiteur et qu’il découvrit l’impossible voiture de ce dernier : une vieille berline américaine au pare-brise à moitié brisé, et dont le côté gauche de la carrosserie était noirci, défoncé, et en train de brûler, tandis que l’ivoire du côté droit brillait de mille feux… et ne brillait apparemment pas encore assez si l’on se fiait à l’ardeur du chauffeur de Dent à lustrer le capot.

Ajustant le col de son costume asymétrique, Double-Face toussa afin de ramener l’attention du Joker sur lui et exprimer le motif de sa visite.

- Je t’apporte une bien triste nouvelle. Un ami commun a trouvé la mort.

Espérons que ce soit le Pingouin…

Il n’a jamais ri à mes blagues…

2.

Une ombre passe devant le bat-signal et disparaît de manière fugitive. Batman, en un instant, surgit du ciel, utilisant son grappin pour exécuter un bond prodigieux par dessus l’arcade. Il se retrouve alors juste au-dessus de ce fieffé criminel traqué par une demi-douzaine de voitures de la police de Gotham. Aussitôt, le justicier de la nuit s’empare de deux batarangs qu’il lance sur le scélérat non-identifié. Mais de toutes évidences, ce malfaiteur n’est pas n’importe qui. En effet, le cuir de sa peau suffit à arrêter les projectiles, et le Chevalier Noir reconnaît sans mal le monstre auquel il fait face.

- Killer Croc…

Improbable géant écaillé, le tueur reptilien enrage et tente d’atteindre le croisé en lui lançant l’une après l’autre les deux valises qu’il transporte avec lui. Batman évite les projectiles qui explosent et génèrent une pluie de dollars. Toutefois, il ne réagit pas assez vite pour voir Croc le rejoindre en hauteur et engager le combat rapproché.

La chauve-souris frappe nerveusement le crocodile.

Epaule démise pour le monstre, soit, mais d’une seule main, Killer Croc peut briser le cou de son ennemi… Batman reprend l’initiative. Deux coups de tête, le cartilage craque et le sang jaillit, ce qui devrait ralentir la bête. Au lieu de ça, le titan balance brutalement un coup d’épaule dans l’estomac du justicier qui tombe de l’arcade, se rattrapant de justesse du bout des doigts.

Il est « vert » de rage, là, non, le croco ?

(rires)

Le tueur est « vert »… Non... Disons plutôt… « fou » de rage. Un vrai prédateur décidé à en finir avec sa proie…

Batman va-t-il mourir ?

Suspense…

Plusieurs balles fusent alors autour des deux adversaires, interrompant le duel entre le héros et le vilain, évitant à Batman un sort peu enviable, mais couvrant involontairement la retraite du criminel. vers les bas-fonds de Blüdhaven Les gyrophares illuminent la rue, bleu et rouge entamant un étrange ballet. Les autorités accourent immédiatement sur les lieux, tandis que dans un gémissement, le Chevalier Noir réussit à se hisser malgré ses côtes brisées.

- Tu ne m’échapperas pas… Pas cette fois, grogne le Croisé Masqué.

Le justicier de la nuit se sert alors de son grappin pour gagner les toits, et commence alors à courir pour retrouver Killer Croc au plus vite. Il ne parvient cependant pas à rattraper la créature qui se meut rapidement malgré sa masse. Aussi, au terme de plusieurs minutes, Batman, essoufflé, voit une silhouette bleue et rouge le dépasser à une vitesse inimaginable.

Non ! Il ne peut pas se faire voler sa proie !

Le Chevalier Noir reprend sa traque et parvient à une interception, optant pour la voie de droite, la plus humide, intimement persuadé que Croc l’a emprunté. Mais là, Batman découvre le corps fumant de son ennemi, toisé par un autre homme au regard de feu… Un homme qu’il connaît bien... Un homme qui arbore un costume bleu et rouge, ainsi qu'un symbole extraterrestre sur le torse. Un homme qu’il a rencontré de nombreuses fois par le passé. Un homme qu’il vient à mépriser.

Et rabattant sa cape écarlate flottant au vent, cet homme se tourne vers Batman avec dédain.

- Tu as laissé passer ta chance depuis longtemps… Maintenant, je serais le nouveau gardien de Gotham.

C’est sur ces mots que Superman, héros iconique de la Terre, prend son envol et disparaît dans les cieux.

Batman serre les poings, se tourne vers Croc, frappé par le regard laser du Fils de Krypton. Il comprend en examinant la bête que le monstre est grièvement blessé, mais que son pronostic vital n'est pas engagé. C’est alors que les hommes du GCPD le rejoignent et encerclent les deux personnages.

- Nous allons ramener Waylon Jones, alias Killer Croc, à Arkham, lance une jeune femme que Batman identifie comme étant l’inspecteur Montoya. Les policiers s’exécutent et embarquent avec prudence le corps imposant du criminel reptilien inanimé.

- Batman ? hésite-t-elle, pénétrant la pénombre en braquant sur lui sa lampe-torche et son flingue. Je ne vous avais pas reconnu. Oswald Cobblepot vous fait passer pour mort, vous savez ? Que se passe-t-il ?

- Le Pingouin espère que ses troupes seront plus motivées si elles pensent que je ne les arrêterais pas.

- Ils ont fait beaucoup de bruit ce soir… Il y a eu plusieurs fusillades dans des entrepôts appartenant au gang de Double-Face. Où étiez-vous ?

Sans doute en tête à tête avec le Joker…

- Je… Je vais montrer au Pingouin que Batman n’est pas mort, lance un Batman hésitant en s’effaçant dans l’encre de la nuit.

2.1.

Les deux hommes étaient installés en vis-à-vis dans leur fauteuil respectif et entretenaient un silence dérangeant depuis déjà quelques minutes quand le Joker demanda :

- Qu’en pense Catwoman ?

- Elle est abattue, tout comme Ivy d’ailleurs. Mais tous ne prennent pas la nouvelle de la même manière. Freeze est resté de glace quand je l’ai appelé en chemin, précisa Dent pour illustrer ses propos.

- Cela ne devrait pas nous étonner… Il a définitivement cessé de pleurer quand il a perdu sa femme.

- Compte tenu de la relation que tu entretenais avec notre ami défunt, j’ai pensé qu’il fallait que je vienne moi-même pour t’annoncer sa disparition. Il faut que nous fassions tous notre deuil, se hasarda-t-il à dire comme s’il essayait de se rassurer lui-même. J’ignore ce qui va se passer maintenant. Le Pingouin est déjà un oiseau mort : il prétend me disputer le contrôle de Gotham. Il n’est sûrement pas le seul… Killer Croc a cambriolé une dizaine de banques pour me damer le pion et Black Mask a fait sauter Arkham. Il n’y a plus personne pour sauver la ville.

- Ils pensent sûrement que Batman les laissera faire sans réagir, rétorqua le Joker en se frottant les mains d’un air malsain.

Harley Quinn s’immisça discrètement dans la pièce, déguisée en soubrette, et approcha de manière provocante Double-Face, se penchant vers lui en lui offrant son décolleté plongeant.

- Harvey, vous voulez une tasse de thé ou un bloody mary ?

L’autre lança sa pièce, et s’autorisa à regarder ces seins délicieux, avant de fixer Quinn dans les yeux. Il demanda alors encore une fois au sort de décider, et répondit :

- Un bloody mary, ma poule… fit Double-Face en commençant à caresser avec délectation la jeune compagne du clown du mal. Joker, tu penses encore que Batman peut faire quelque chose contre nous ?

- Batman est toujours là pour nous empêcher de nous amuser. Que serait Gotham sans lui ?

- Tu es vraiment cinglé, lâcha Double-Face avant d’allumer son cigare.

- Venant de toi, je prends ça pour un compliment, mon cher, conclut le Joker dans un large sourire… Je suis sûr que Batman se montrera bientôt… très bientôt.

3.

Ces fous pathétiques ne méritent aucune compassion. Ils sont juste brisés. Ils ne sont même plus humains pour la plupart… Le Joker ? Le Pingouin ? Killer Croc ? Poison Ivy ? Mister Freeze ? Gueule d’Argile ? Tous plus cinglés les uns que les autres...

Résidence de luxe Heights Tower.

L’appartement d’Oswald Cobblepot.

Sur cette terrasse qui offre un splendide panorama de Gotham City, le Pingouin savoure avec délice une coupe de champagne quand Batman sort de l’obscurité. Le maître de la pègre réhausse son monocle, à peine étonné de la présence de la chauve-souris.

- Tes hommes et ceux de Double-Face se massacrent. Tu fais courir la rumeur que je suis mort. Pourquoi ? crache le Chevalier Noir de sa voix rauque.

Le Pingouin, nullement impressionné, ricane.

- Cesse de plaisanter, mon ami. Je compte développer davantage mon emprise sur cette ville, et cela passe forcément par une guerre avec Dent. Je n’ai pas peur. Tu devrais m'oublier et te concentrer sur tes "vrais" problèmes : Double-Face complote dans l’ombre… Il paraît qu’il s’est rendu chez le Joker pour discuter de ton cas.

Un silence s’installe.

- Je suis venu t’avertir. Batman ne te laissera pas faire. Jamais.

- Ne sois pas désagréable. Je n’ai pas peur de semer le chaos à Gotham, même si pour cela je dois affronter à la fois Double-Face, le Joker et… Batman ?

Oui, Batman ! Batman, tête de piaf, Batman !

Et le justicier de la nuit se fond dans les ténèbres comme il est apparu, clouant le haut-de-forme du Pingouin sur une colonne à l’aide d’un batarang.

- Encore un chapeau fichu à cause de toi, chauve-souris de malheur…

Cobblepot se retourne, prêt à rejoindre la véranda, quand un sifflement l’interrompt. Une silhouette ailée apparaît, flottant face au Pingouin grâce à un jetpack. Vêtu d’une combinaison noire et d’un étrange masque, il braque son arme vers le mafieux, avant de déchaîner sur lui un véritable torrent de flammes. Eclatant de rire, l’agresseur signe son acte. Son nom est Firefly.

- Double-Face te salue, Pingouin !

Le feu se déchaîne, mais il est trop tard… Batman est déjà loin. Le Pingouin n’en sortira pas vivant.

Ce sont juste des êtres brisés qui te briseront s’ils en ont l’occasion.

Et quand ce sera fait, t’es-tu demandé qui sera Batman demain ?

3.1.

A peine Harvey Dent eut-il franchi la porte que le sourire du Joker s’effaça. Il avait tenté de garder la face, mais en réalité, il avait été profondément affecté par la nouvelle qu’il venait d’apprendre de la bouche de Dent… Maintenant, le clown triste marchait sans but dans la pièce, les bras ballant, le regard vide.

Très vite, Harley Quinn vit sa mine, et vint à sa rencontre pour tenter de lui apporter réconfort.

- Alors patron ? Prêt pour une partie de jambes en l’air ? clama-t-elle en le prenant par le bras et en tentant de l’embrasser.

Eut égard aux circonstances, le Joker n’avait clairement pas le moral pour ce genre de choses, et il la repoussa violemment en arrière. La jeune femme se cogna la tête contre le mur et essaya de frapper son amant pour lui rendre la pareille.

- Tu es complètement malade ! hurlait-t-elle avec véhémence.

- Comprends que je n’ai pas d’appétence pour ce genre de choses… persifla le Joker, éhonté.

Il s’approcha de manière inquiétante vers la jeune femme et tendit ses mains pour l’étrangler.

- Et arrête de sourire comme ça… Efface-moi ce sourire…

Le Joker avait perdu la raison : sa chère Harley ne pouvait empêcher ce sourire dessiné sur son visage… Lui-même avait passé des années à se maquiller de la sorte avant de se mutiler pour figer son apparence. Et aujourd’hui, il rejetait ce qu’il avait apprécié pendant des années.

- Efface-moi ce sourire… insistait-il, au point de se saisir d’un couteau dans sa poche et d’enfoncer sa lame dans la joue de sa maîtresse.

Malgré les cris, le Joker ne s’arrêta pas. Il fit parcourir à la lame un chemin qui fit du visage de sa jeune muse le chantier de la désolation… En quelques secondes, le sourire se transformait en un désastre. Le visage en sang, Harley Quinn ne sourirait plus jamais.

Abandonnant son œuvre ici comme un cadavre, le clown dévasté marcha et rentra dans la salle de bain qu’il verrouilla de l’intérieur. Seul à seul avec lui-même, il se présenta face à la grande glace, mais ne se reconnaissait plus.

Qui es-tu ? Qui suis-je ?

- A quoi rime ce sourire maintenant ? A quoi rime ce sourire ? hurla le Joker en riant, puis en pleurant, avant de donner un grand coup de poing dans le miroir qui se brisa, multipliant ses reflets déformés par la violence de ses émotions.

Voici un miroir aussi brisé que le Joker.

Les pleurs d’Harley ne l’arrêtèrent pas, bien au contraire. Le poing en sang… Il s’en moquait bien. L’homme retira alors soigneusement sa veste puis sa chemise, les plia, puis les jeta au sol près des toilettes. Là, sur le bord du lavabo, ses doigts se saisirent d’un scalpel. Il approcha l’instrument de son visage, bien déterminé à accomplir son ultime chef d’œuvre dans l’art de la mutilation. Le sang coulait, mais il ne sentait pas la douleur. Le Joker, las du sourire qu’il avait arboré tout au long de sa vie, se défigurait une nouvelle fois. Cela dit, aujourd’hui, ce n’était plus un sourire qui se retrouvait figé sur son visage, mais la tristesse…

Le visage en sang, un sourire inversé irrégulier dessiné, le clown du crime se contemplait à nouveau. Satisfait du résultat, il sortit de la pièce et s’agenouilla près d’Harley.

- Ne pleure pas, fit-il en la prenant dans ses bras. Ne pleure plus.

Voilà maintenant le nouveau visage du Joker…

4.

Voici la demeure du Joker.

Le Joker… Le Clown du Crime. La carte maîtresse. L’arlequin de la haine. Un criminel qui n’hésite pas à faire du meurtre de masse et du terrorisme une comédie chaotique.

Aujourd’hui encore, il faut l’arrêter.

A l’aide de sa cape, Batman se laisse planer jusqu’au toit de l’étrange maison. Une antre de la folie pour ses habitants comme son architecte. En menant son investigation ici, le Croisé Masqué ne se fait pas d’idées : il sait que ce repaire est un piège en soit… et la porte qui s’ouvre dans la cheminée en est un parfait exemple.

Néanmoins, il n’hésite pas : Batman avance, et franchit cette entrée improbable, empruntant alors des escaliers donnant sur un mur. Enclenchant sa vision de nuit, scrutant les lieux, le détective découvre un bouton activant le mécanisme déclenchant l’ouverture d’une autre porte. Il pénètre alors dans une vaste pièce dédiée entièrement à son effigie…

Là, en ces lieux, le Joker a gardé les trophées de ses différents combats contre lui: de leur première confrontation relatée dans le journal jusqu’aux moindres batarangs perdus en passant par des parties de son costume recousues grossièrement. Fétichiste incroyable, le clown nourrit son fanatisme envers le Batman au point de n’avoir que cette obsession en tête… Cela dit, l’homme chauve-souris ne semble guère étonné, et il progresse doucement dans la pièce en contemplant ces découvertes malsaines.

Batou…

La paranoïa lui joue des tours, car il croit entendre la voix de sa Némésis. Plus loin, entre un prétendu Bat-chien empaillé et la balle qui a paralysé Barbara Gordon, le détective met à jour la bibliothèque du Joker. Rapidement, il jette un œil aux titres des ouvrages qui s’y trouvent : Tuer n’est pas jouer, de Jeremiah Arkham, Tombé du nid, par le Pingouin, La Blague qui tue, par le Joker lui-même… Tous publiés par les éditions de l’Asile d’Arkham, à l’exception du Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault, le livre qui semble avoir le plus vécu parmi ceux qui composent cette collection, et qui semble tomber là comme un hapax... Pas étonnant que chaque séjour dans cet hôpital psychiatrique n’ait fait que le rendre le Joker et ses amis un peu plus fou.

Batman continue son enquête, sursautant à l’occasion quand une araignée descend du plafond sur son épaule… Il la repousse, et comprend instantanément le sens de la présence de cette vermine… Le Joker a forcément « une araignée au plafond ».

(rires)

Soudain, une trappe s’ouvre sur le sol, et Batman s’y engouffre sans hésiter, arrivant dans le salon du Joker… Du sang. Il y a du sang partout, et Batman ne peut s’empêcher de penser que le pire est arrivé. Hémoglobine à souhait pour ce spectacle macabre offert en ces lieux: les hommes-clowns du Joker sont morts, un sourire inversé dessiné sur leur visage; les poissons-clowns du Joker sont morts, empoisonnés pour qu’ils arrêtent de sourire… Qu’est-ce qui a pu arriver ici ? Et où se trouve le Joker ?

Ici… gémit une voix nasillarde comme celle du clown de Gotham.

Batman se méfie, et il progresse tout en restant sur ses gardes.

Allez, approche, et ose me regarder en face…

Le Batman pénètre dans la salle de bain, ensanglantée elle aussi. La voix l’appelle encore, encore et toujours…

Qui se cache sous le masque du Batou ? , fait la voix… Batman ne comprend pas, et par réflexe, il s’injecte un antipoison dans le bras.

Tu doutes, hein ?

Qui se cache sous le masque du Batou ?

Les voix sont plus fortes, et il saisit sa tête entre ses mains. Il se retourne pour faire face au miroir explosé... Et là, Batman arrache son masque d’une main…

Il écarquille les yeux quand il découvre le reflet.

Qui se cache sous le masque du Batou ?

- C’est moi ! ricane le Joker en regardant dans la glace son propre visage blanc et mutilé.

Il éclate de rire.

- C’est moi le Batman… Je suis le Batman ! Je suis le Batman !

Et une autre voix dans sa tête crie…

Mort au Batman !

- Non. Bruce Wayne est mort, mais le Batman ne peut pas mourir.

Wayne est mort ? Wayne est mort !

(rires)

Mort au Batman !

Mort au Batman !

Schizophrénie ?

- Mort au Joker, plutôt, non ?

- Oui...

Et le Joker, attristé, remet son masque..

Chuuuut !

Ainsi les voix se taisent…

Ainsi le Joker incarne le nouveau Batman.

Narcissique, il admire longuement son reflet, puis se tourne vers l’entrée en appelant Harley. Craintive, la jeune femme arrive tout de même et approche du nouveau héros de Gotham…

- Dis-moi, ma chérie… voudrais-tu devenir...

- Votre femme ? le coupe-t-elle, gagnée par le bonheur.

- … Mon Robin ?! achève le Joker en explosant de rire.

Batman et Robin ne mourront jamais !

4.1.

Les hommes-clowns sont morts… Les poissons-clowns sont morts… Il les a tué dans un élan de sauvagerie, et la "demeure impossible" est devenue le théâtre d’un étrange carnage. Mutilé, la face ensanglantée, le Joker se rend, d’un pas incertain, dans la pièce du grenier où il entrepose depuis des années tout ce qui se rapporte à Batman. Des larmes chaudes perlent sur ses joues, et il s’approche d’un masque de Batman déchiré et rafistolé posé soigneusement sur un mannequin. Chancelant, le Joker approche sa main du masque, le caresse du bout des doigts, et l’enfile.

Maintenant, le Joker est et sera Batman.

Face à la folie, la raison a déjà perdu, car il n’y a pas de bonne réponse. Ni règles, ni logique. Bruce Wayne est mort… mais Batman n’a pas besoin de lui pour vivre. Batman est, et Batman sera toujours.

Je suis Batman !

FIN

Batman, par Gabriele DELL'OTTO

QUELQUES CLES DE COMPREHENSION…

DE LA MORT DE BATMAN


C
ette nouvelle s’inscrit dans une continuité alternative. Elle prend pour postulat de départ la « mort » de Bruce Wayne/Batman lors de son combat contre Darkseid, ennemi de Superman, dans Final Crisis # 6 paru en 2009. Les répercutions de cette disparition sont à suivre dans les séries du Croisé Masqué estampillée The Last Rites et Battle for the Cowl (en cours de publication). Cette histoire constitue donc un Elseworld (pour reprendre le terme cher à DC Comics pour désigner les « déviations »), bien que la réaction du Joker n’ait pas encore été montrée. De fait, l’apparition de Superman qui se présente en Gardien de Gotham semble logique, dans la mesure où il se sent redevable envers Wayne qu’il n’a pu sauver alors que Darkseid est l’un de ses propres ennemis. Le fait qu’il ne dise rien au Joker qu’il reconnaît est lié au respect que Batman/Bruce Wayne tenait à son égard mais aussi à son code d'honneur: ne jamais avoir décidé de le tuer illustre bien cette idée.
Le fait que le Joker choisisse de faire perpétuer le Batman et d’abandonner sa propre vie peut-être compris dans la relation qu’ils entretiennent tous deux, mais aussi au fait que le Joker ne peut pas vivre normalement sans Batman (Batman : The Dark Knight Returns, ou encore Batman : Beyond). Ainsi, il essaye de rendre hommage à son ennemi de toujours.

DE LA FOLIE


En ce qui concerne les représentations matérielles de la folie, la maison du Joker et son architecture unique sont apparues quant à elles dans la mini-série Batman : Dark Detective. L’idée était posée, mais n’a pas été reprise dans la continuité du Chevalier Noir. Abyssus Abyssum Invocat reprend finalement ce concept en en exacerbant les traits. La voiture de Double-Face apparaît de son côté dans le dyptique de Neil GAIMAN Whatever happened to the Caped Crusader ? publié en 2009. C’est naturellement un hommage au personnage du Golden/Silver Age. Le Chaperon Rouge est une allusion au premier nom porté par le Joker (The Red Hood). Le Bat-chien est une allusion au personnage du Golden/Silver Age. La balle qui a paralysé Barbara Goldon évoque The Killing Joke.

DE L'OPPOSITION


L’
opposition entre le Pingouin et Harvey Dent est latente depuis des années, mais elle s’exprime pleinement dans Battle for the Cowl. Le contexte de cette nouvelle étant le même pour les deux protagonistes, aucune raison de s’étonner de la guerre qu’ils se livrent dès la disparition de Batman. De même pour la mention de la destruction d’Arkham par Black Mask, destruction à laquelle on a pu assister dans Battle for the Cowl # 2.


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