mardi 10 février 2009

[DELIRIUM bIS] - Entretien avec MAX

[DELIRIUM bIS] - Entretien avec MAX

Jeune auteur amateur de 25 ans, MAX a déjà dix ans d'expériences derrière lui. Il a commencé par la fan-fiction, générant une série de romans en co-écriture, ce qui lui a permis d'apprendre sur le tas. Puis, depuis quelques années, il tente de mener à bien ses projets en solo (Bokor), collaborant encore de temps à autres (Au Carrefour d'Outretombe). Il s'est aussi exercé à l'art de la nouvelle, notamment avec 13 bis, qui montre, après la fantasy et la science-fiction, une autre facette de son talent.

Commençons par 13 Bis si tu veux bien. Le ton y est résolument sombre, véhiculant des thèmes tels le sexe, la folie et la mort. Tu évoques aussi le cas des femmes battues à travers le tandem Julie/Eléonore. Comment t'es venue l'inspiration pour cette nouvelle ?

J’ai voulu faire de cette nouvelle une synthèse de thèmes qui me sont chers. A l’époque, je préparais le concours de la Fémis et j’enchaînais les soirées de visionnages de films avec les weekends d’analyse de séquences – un exercice qui constitue la première partie du concours de la Fémis.

J’ai fait mes premières armes sur des œuvres de cinéastes que je connaissais et que j’appréciais, dont LYNCH [ndlr: David] et FINCHER [ndlr: David] . Ces influences se sont mélangées avec l’adapatation du jeu vidéo Silent Hill de Christophe GANS - un ancien de la Fémis. Je me suis renseigné sur l’univers de Silent Hill avant de voir le film, et même si j’ai à peine joué au jeu, j’ai été conquis par cette ambiance sombre et malsaine, ces personnages torturés perdus dans cet univers cauchemardesque créé par leurs esprits.

A la même période, j’ai découvert le film Next Door de Pål SLETAUNE. Ce long métrage m’a littéralement scotché devant mon écran de télé, et je me suis mis à jalouser cette œuvre tellement elle regroupait ce que j’aimais chez LYNCH, FINCHER ou dans Silent Hill, tout en gardant une personnalité propre, voire même en apportant une certaine fraîcheur.

J’ai voulu faire une nouvelle à la hauteur de ce film. En fait, 13 Bis est une adaptation très personnelle de Next Door à laquelle j'ai mélangé des univers qui me plaisaient.

Dans 13 bis, tu sembles expérimenter plusieurs choses. En outre, la narration n'est pas fixée : tu passes d'une narration classique, au passé, avec un narrateur externe, à une narration au présent où tu choisis une focalisation interne. Pourquoi avoir adopté différents types de narration ? Quel est l'effet recherché ?

Mon co-auteur sur le Cycle du Yaren (la fan-fiction qui m'a fait connaître sur la toile et quelques forums de littérature SF/Fantasy) avait lui même expérimenté certains passages à la première personne sur l'un de ses écrits, fortement influencé par le style de Matthew STOWER (ndlr: entre autres l'auteur de la saga The Acts of Cain et de plusieurs romans de l'Univers Etendu Star Wars), - un auteur que nous admirons tous deux.

Dans l’un de ces passages, on prend la place d'un personnage qui subit un viol. J'ai voulu faire l'inverse : plutôt que de vivre à la place de la victime, on prend la place du bourreau. Le but était simple : obliger le lecteur à commettre ces actes et augmenter ainsi l'atmosphère malsaine.

C’est pour cette raison que j’utilise le présent : un temps difficile à manier dans le récit, mais qui immerge définitivement le lecteur dans l’histoire.

On découvre dans 13 bis un couple haut en couleurs : Thomas, et Julie/Eléonore. Tous deux aiment l'alcool, le sexe, et expriment leur violence sans se soucier de l'autre. Pourrais-tu nous dire pourquoi avoir choisi de faire de vos protagonistes des personnages si sombres ?

Au fond, on peut dire que tous ces personnages sont issus du côté sombre de Thomas.

La culpabilité qu'il ressent à créé Eléonore, cette version détraquée de Julie, qui dans un certain sens, va venger cette dernière. On peut aussi voir Eleonore comme le fantôme de Julie, issu de la conscience de Thomas.

Contrairement à Julie, Eleonore correspond aux fantasmes de Thomas. Cela rappelle le duo Mary-Maria dans le jeu Silent Hill 2. D'un côté, Mary, la femme "gentille" de James, atteinte d'une maladie incurable qui la rendra aigrie et quelque peu frigide, puis Maria, le sosie érotique de Mary, qui semble plus à même de combler les pulsions sexuelles de James.

Oublions 13 bis, et attardons-nous un peu sur ton parcours. Tu as débuté par la fan-fiction, un type de création qui te permet de t'amuser avec les jouets d'un autre. Comment en es-tu arrivé à vouloir écrire, puis ensuite à vouloir créer ton propre univers et tes propres jouets ?

J’ai plongé dans la science-fiction assez jeune : de Jules VERNES à Robert SILVERBERG pour les romans, de Retour vers le futur à Robocop, Total Recall, Running Man ou Blade Runner pour les films. Rien d'anormal pour quelqu'un nés au début des années 80.

J'ai assez vite eu envie de créer : je ne jouais pas de musique, je dessinais mal, alors j'ai écrit. Je trouvais ça simple de raconter une histoire. J'étais loin d'avoir un don, mais l'exercice n'était pas déplaisant et j'arrivais à satisfaire le seul lecteur de cette époque : moi-même...

C'est entre 12 et 15 ans que l'envie d'écrire s'est réellement fait sentir. Mais je prenais trop de temps à créer mes univers, ou mes récits s'inspiraient trop d'idées venues d'autres romans, films ou séries. Un passage dans l'attraction Star Tours de Disneyland et un été sur le jeu Dark Forces de LucasArts m'ont orienté vers STAR WARS.

J'ai lu les romans comme j'aurais lu n'importe quel cycle de science-fantasy, et je me suis attaché aux personnages. J'ai voulu créer la face cachée de cet univers, décrire un groupe de rebelles qui n'agirait pas à trop grande ampleur : le Cycle du Yaren était né. C'est ma rencontre avec mon co-auteur qui a fait de cette idée en cours de concrétisation un projet conséquent et dont je reste assez fier.

L'écriture de nouvelles est-elle une expérience différente pour quelqu'un qui s'est consacré jusque-là au roman ? Est-ce une transition qui s'est faite naturellement ? Quelles sont les difficultés que tu as pu éprouver, et que tu éprouves peut-être toujours ?

De la part de mon entourage – et je tends à penser comme eux – je fais un très mauvais novelliste, et ce pour la simple raison que j’ai du mal à ne me consacrer à une seule intrigue. La nouvelle est vraiment un exercice de style, et après un apprentissage de l’écriture scénaristique, on a plutôt tendance à privilégier le fond.

La transition a donc été assez difficile, et j’ai du m’adapter, désapprendre tout ce que j’avais appris, avant de réaliser que la nouvelle était au roman ce que le court-métrage est au cinéma : un terrain d’essai où tous les délires sont possibles - tant qu’on respecte les codes.

La principale difficulté que j’ai pu rencontrer reste encore très présente : je dois développer une intrigue unique et laisser les autres idées de côté, même si elles apportent quelque chose d’intéressant à l’histoire. Au fond, l’exercice est assez proche de la phase de réécriture d’un scénario, où il faut diminuer le nombre de personnages, conclure toutes les intrigues et faire attention au rythme.

On l'a vu, le cinéma a profondément marqué tes écrits. Que trouves-tu de plus dans ce média que dans la littérature ? Quels sont les autres média qui t'influencent ?

Le cinéma, ou plus généralement le monde de l'audiovisuel, m'a marqué par le biais de films, séries ou courts-métrages car j'ai baigné dedans très jeune. Comme tous ceux de ma génération, je suis un enfant de la télé. Mais attention, si je revendique cet apprentissage du scénario par lequel je suis passé, il ne faut pas oublier que mes essais d'écritures, dès mon enfance, visaient tous à devenir des romans.

J'adore la liberté de ce roman. Contrairement au scénario, c'est un "produit fini", et tout reste possible. Le scénario n'est pas un film, et le lire apporte un plaisir incomplet... tout comme aller au théâtre et lire une pièce sont deux expériences complètement différentes. Le scénar, c'est un outil qui doit séduire malgré une forme très codifiée.

Par contre, même si j'ai parlé plus haut du jeu vidéo, ce média m'inspire peu. L'univers de Silent Hill m'a touché et les histoires qui en ont été tirées m'ont influencé, mais pas le jeu en lui-même. Je n'ai écrit qu'une seule nouvelle qui constituait un pseudo-hommage aux jeux-vidéo.

J'aime me définir comme un raconteur d'histoire, et en ce sens tout média qui permet de "raconter" est susceptible de m'inspirer : une musique, un tableau, une bande dessinée, voire une pub... tout est bon à prendre.

Plus que des médias, ce sont plutôt des thèmes qui m'inspirent, dont certains me sont chers depuis mon enfance : la famille ou les amitiés fortes, quasi-fraternelles. Les ambiances sombres, les personnages torturés, ultra-cyniques ou débauchés ne sont venus qu'ensuite, avec l'âge [Rires].

N'as-tu jamais pensé à écrire des scénarii, voire à toi-même passer derrière la caméra ?

C'est en forgeant qu'on devient forgeron...

Mon premier scénario était un moyen-métrage, une sorte de campus-movie qui ne se déroulait que par les webcams des protagonistes. Vint ensuite Adrenaline, un long métrage politiquement chaud, sorte d'American History X à la sauce finchero-lynchienne - encore eux.

Gavé par les écrits de LOVECRAFT, j'ai pondu le synopsis détaillé de Bokor, un moyen métrage ambitieux que je vise à réaliser un jour... et dont l'intrigue principale constitue le premier tiers du roman sur lequel je travaille actuellement.

Le problème de l'écriture de scénario, c'est qu'un scénar finit dans un tiroir si personne ne veut le réaliser. Cela reste un exercice compliqué qui m'a permis de fortement structurer mes histoires, mais si d'un côté je revendique mon apprentissage de l'écriture scénaristique, on ne peut pas dire que je suis un scénariste.

Au niveau de la réalisation, je suis passé derrière la caméra de rares fois : dans Hair, un très-court-métrage, réalisé dès que j'ai eu mon caméscope. Vint ensuite le projet de moyen-métrage Astral Spheres, une comédie musicale débutée avec quelques potes de facs... une aventure qui a avorté suite à l'abandon de mon co-réalisateur de l'époque, mais qui m'a laissé de bons rushs, et deux petits clips tournés pour convaincre les acteurs que nos compétences de monteurs embelliraient leurs performances.

C'est d'ailleurs cette expérience qui m'a donné envie de réaliser un clip réellement scénarisé, en utilisant la musique "So Much For Suicide" du groupe TIAMAT. Suicide, scènes dans des caves, alcool... même si le ton est humoristique, l'ambiance est déjà sombre et préfigure bien ma période "13 Bis".

Suite à cette nouvelle, j'ai d'ailleurs commencé le tournage d'un court-métrage intitulé Helle, une sorte de 13 Bis avec une narration ultra décousue, un peu comme Inland Empire. Le projet est presque entièrement tourné et a commencé à être monté. L'ambiance est définitivement sombre et la narration complètement délirante... une histoire pour un public averti !

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