vendredi 9 janvier 2009

[MYTHOS] - Chôchin Oiwa, la lanterne fantôme


[MYTHOS] - Chôchin Oiwa, la lanterne fantôme

Le mythe d’Oiwa est issu de l’esprit de Tsuruya NANBOKU IV, qui donna naissance en 1825 à ce yokai dans ses Tôkaido Yotsuya Kaidan (Histoires horrifiques de Yotsuya) . Cependant, il ne faut pas attacher la naissance de cette créature à un seul homme… En effet, les yokai font partie inhérente du folklore japonais, et il est fort probable que l’auteur se soit inspiré de celui-ci pour parachever ce mythe qui finit par s’encrer dans les mentalités. Ainsi, l’onryô (esprit vengeur) Chôchin Oiwa naquit quand l’esprit de dame Oiwa, héroïne de ces contes horrifiques, choisit de prendre possession d’une vieille lanterne de papier, dans le but de se venger de son mari, le ronin Iemon, qui l’a assassinée. Son corps est supposé reposer en terre au temple de Myogyo-ji, à Yotsuya. Mais son esprit cherche toujours la vengeance : c’est ainsi qu’à la nuit tombée, certaines lanternes pendue sous un auvent peuvent grandir, pour finir par prendre la forme terrifiante de Chôchin Oiwa, « Oiwa la lanterne ».

Du fait de leur popularité grandissante, les Yotsuya Kaidan sont rapidement devenu un sujet privilégié pour les artistes de l’ukiyo-e. D’ailleurs, en 1826, l’année même où ouvrait le théâtre de Sumiza à Osaka, Shunkosai HOKUSHU mettait en scène l’histoire du fantôme d’Oiwa. Ainsi, en 1892, Tsukioka YOSHITOSHI a dépeint une Oiwa toujours en vie, aux côtés de son fils, dans L’Histoire de fantôme de Yotsuya, toile appartenant à la série des Trente-six fantômes (ci-dessus).

Shunkosai HOKUEI a réalisé une estampe intitulée La Lanterne-fantôme d'Oiwa, mettant en scène l’onryô en train d’attaquer Iemon qui sort son sabre pour lui faire face. L’artiste Utagawa KUNIYOSHI a illustré la scène d’Hebiyama, quand Oiwa retrouve son époux pour le tuer (ci-dessous).

Par ailleurs, il ne faut pas oublier non plus dans le registre des monstres-lanternes, la « lanterne-fantôme », une vieille lanterne jetée dans un dépotoir qui finit par voler l’âme d’un enfant qui la dérangeait avec un bambou avant de s’enfuir… pour finalement devenir la proie de la lanterne, qui finit par aspirer son esprit à travers le bambou, ce qui lui permit de voler.

C’est ainsi que le mythe d’Oiwa est particulièrement présent… C’est ainsi que les lanternes peuvent nourrir la crainte… Il faut savoir qu’au Japon, et ce aujourd’hui encore, les actrices choisies pour interpréter le rôle d’Oiwa, que ce soit au théâtre ou au cinéma, se rendent systématiquement au temple Oiwa Inari afin d’éviter son ressentiment. Le mangaka Shigeru MIZUKI confie que quand il était jeune, il fut amené à adapter en manga les Tôkaido Yotsuya Kaidan, et son éditeur insista alors fortement pour qu’il rende visite à son tour le temple d’Oiwa Inari.

A VOIR
ARAKI James T., Traditional Japanese Theater. An Anthology of Plays, Columbia University Press, 1998
IWASAKA Michiko, Ghosts and the Japanese: Cultural Experience in Japanese Death Legends, Utah State University Press 1994
ROSS Catrien, Supernatural and Mysterious Japan, Tokyo, Tuttle Publishing, 1996
MIZUKI Shigeru, Yokaï - Dictionnaire des monstres japonais (vol.1), Pika, 2008

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