vendredi 9 janvier 2009

[ARS MAGNA] - FUKASAKU Kenta, X-Cross, 2007


[ARS MAGNA] - FUKASAKU Kenta, X-Cross, 2007

« Shiyori vient de rompre avec son petit ami. Pour lui changer les idées, sa meilleure amie, Aiko, lui propose de se rendre à l'auberge d'un étrange village peuplé d'épouvantails. Alors qu'elle regagne seule sa chambre, Shiyori trouve un portable qui se met à sonner. La jeune fille décroche et entend un inconnu lui ordonner de partir au plus vite sous peine d'être la prochaine victime d'un sacrifice humain. Alors que Shiyori s'apprête à quitter les lieux, Aiko disparaît mystérieusement... »

Ces quelques mots suffisent à poser le pitch de X-Cross, alias XX (Ekusu Kurosu) : Makyô Densetsu au Pays du Soleil Levant. Ce film sorti en 2007 est l’œuvre de Kenta FUKASAKU, qui venait alors de terminer Battle Royale II : Requiem. Sur un scénario de Oishi TETSUKYA adapté du manga Sono Kêtai Wa XX (Ekuru Kurosu) de Nobuyuki JÔKÔ , il signe ici un long métrage original, soigné, notamment grâce à sa structure chiasmatique qui permet habilement de suivre en parallèle l’évolution de Shiyori (Nao MATSUSHITA) et Aiko (Ami SUZUKI), ses deux personnages principaux. Une structure maîtrisée, qui s’appuie sur des transitions attachées au téléphone portable. De fait, le cellulaire s’impose comme un élément clé du scénario, tant il sert à se sortir de toutes les péripéties… ou en tous cas, précipite les héroïnes vers d’autres. C'est ainsi que le titre peut aussi bien s'attacher à décrire certains pans du scénario que le crossover narratif auquel se prête systématiquement le réalisateur.

Tout commence quand Aiko invite Shiyori à se rendre dans un village thermal, Ashikari, perdu au fin fond de la montagne, pour se changer les idées et oublier son chagrin d’amour. Avant même leur arrivée, elles rencontrent un personnage étrange, une jeune femme borgne, qui erre, vêtue d’une robe de poupée et d’une capeline, en traînant derrière elle une lourde valise. Cette apparition les effraye, mais c’est surtout les habitants du village qui vont leur laisser une impression désagréable… Juste une impression ? Quoi qu’il en soit, les jeunes femmes sont décidées à en profiter, et elles gagnent les bains. C’est ici que tout va se jouer, car Aiko, la dévoreuse d’hommes, va heurter la sensibilité de son amie Shiyori, qui abandonne son portable, dégoûtée de l’amour, et choisit de retourner à l’auberge. C’est là qu’elle découvre un cellulaire abandonné en train de sonner. Elle décroche, et entend une voix lui conseiller de partir au plus vite si elle ne veut pas se faire couper la jambe.

C’est à ce moment que l’électricité est coupée et qu’elle entend la foule assoiffée de sang se diriger vers ce bâtiment. Shiyori, toujours au téléphone, apprend que les villageois ont la tradition de couper une jambe de leurs femmes pour éviter qu’elles ne partent quand ils s’absentent… et qu’elle est leur prochaine victime. Elle ne fait ni une ni deux, et part en courant, traquée par les mystérieux coupeurs de jambes. Son interlocuteur est Mononobe, un professeur d’université qui a étudié cette pratique rituelle de l’Ancien Japon et qui perdure en ces lieux. Il affirme que le téléphone que Shiyori a découvert est celui de sa sœur disparue, qui a sans doute été sacrifiée…

Parallèlement, Aiko se retrouve elle aussi traquée quand elle découvre l’auberge ravagée. Elle se réfugie dans des toilettes, mais ignore encore qu’elle va être attaquée par l’étrange jeune femme qu’ils avaient manqué de renverser à leur arrivée. Celle-ci confie s’appeler Reika, et avoir été victime d’Aiko quand son petit-ami l’avait quitté pour tomber dans ses griffes… Petit-ami qu’elle a naturellement tué, tout comme elle s’apprête à le faire avec Aiko grâce à deux paires de ciseaux. Les deux femmes se livrent un combat acharné, mais Aiko parvient à défigurer son adversaire et réussit à fuir.

De son côté, Shiyori doute : elle a contacté une autre de ses camarades pour qu’elle se renseigne sur le village et sur Mononobe, mais elle ne trouve rien… Compte tenu de son bandage à la jambe, nul doute qu’elle aussi est liée aux villageois, mais le scénario n’en dira pas plus. Toujours est-il qu’elle nourrira ses doutes au sujet d’Aiko. Shiyori hésite alors à se confier à son amie, et se rend au point de rendez-vous fixé par son mystérieux interlocuteur qui affirme venir la chercher… Mais à sa place, c’est son petit ami qui arrive en voiture et lui permet de fuir.

Bien qu’elle se pense en sécurité, elle apprend de la part de Mononobe que c’est lui qui avait piégé sa sœur en l’amenant dans ce village… ce qui est confirmé quand Shiyori découvre qu’il l’a ramené au cœur d’Ashikari. Là, elle est revêtue d’une robe rituelle, attachée comme un épouvantail et prête à être sacrifier par les villageois qui portent leurs peintures tribales leur conférant une apparence zombiesque.

De son côté, Aiko est encore une fois confrontée à Reika, cette fois armée de ciseaux à la taille improbable, et réussit à fuir uniquement au terme d’une éprouvante confrontation au terme de laquelle elle a brûlé la folle furieuse qui veut sa mort. Elle gagne alors le village pour sauver son amie qu’elle n’a jamais trahie. Aussi, elle se fraye un passage parmi les sacrificateurs en les prenant en photo et en les transmettant à l’amie commune qu’elle a avec Shiyori, celle qui est sans doute originaire de ce même village. Cependant, cette fois, c’est l’intervention de Mononobe, puis le désordre semé par une Reika toujours aussi avide de mort, qui leur permet de fuir. Ils sont suivis par les villageois, mais la voiture de Mononobe est plus rapide… mais peut-être pas assez pour échapper à Reika ?

Une fin ouverte clos donc ce film époustouflant d'1h29... 1h29 que l'on ne voit pas passer, tant la réalisation est dynamique et joue sur les doutes au sujet de chaque personnage. Au final, la fin reste classique, mais il serait intéressant de voir à quel niveau était impliqué la camarade commune de Shiyori et d'Aiko qui semble appartenir à cette secte. Quoi qu'il en soit, X-Cross réussit à séduire de par son ambiance et sa mise en scène efficace et tend à montrer que Kenta FUKASAKU peut prétendre égaler le génie de son défunt père, Kinji FUKASAKU, réalisateur entre autre du flamboyant Battle Royale.

A VOIR
Le Site Officiel d’X-Cross
FUKASAKU Kenta, X-Cross, Seven7, 2009

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