dimanche 14 décembre 2008

[MYTHOS] - Varimatauhoe, l’Homme-Requin


[MYTHOS] - Varimatauhoe, l’Homme-Requin


« Durant le long voyage de Temanutunuu aux Tuamotu, voyage qui lui prit plusieurs mois, un visiteur parut à Vaiari, il fut naturellement reçu par la cheffesse Hotutu. Ce visiteur, notre ancêtre, était un demi-dieu ; il n'était qu'à moitié homme, l'autre moitié étant poisson : un dieu requin. Il nagea de l'océan à travers le récif dans la rivière de Vaiari où il vint à terre et se présenta comme Varimatauhoe. »
Mémoires d’Ariitaimai

Le mythe de l’Homme-Requin s’impose comme une forme de THERIANTHROPIE originale adoptée par les habitants de Tahiti. Il semble qu’il soit attaché aux origines mythiques des clans de l’île, les Teva, supposés descendre du DIEU REQUIN. En effet, il y a longtemps, il est dit qu’un visiteur est apparu, sorti de l’océan : c’était un HOMME-REQUIN, une créature particulièrement raffinée, et elle fut considérée comme un demi-dieu par les autochtones. Alors qu’il mit pied à terres, son apparence approcha celle d’un homme, confirmant son caractère divin. Son nom était VARIMATAUHOE. Il fut reçu avec hospitalité et partagea l’intimité de la cheffesse du clan de Vaiari préexistant aux Teva, Hotutu, dont le mari, Temanutunuu, était parti à la recherche de plumes rouges suite à la mort de leur fils. Cependant, un jour, le chien de Hotutu lécha la figure de sa maîtresse. Assistant à la scène avec suspicion, Varimatauhoe rejeta sa compagne sans chercher à comprendre.

« Vous avez été infidèle à votre mari en ma faveur, lui dit-il, vous pourriez donc tout aussi bien me tromper avec le chien. »

Cette raison suffit à l’Homme-requin pour abandonner définitivement les hommes. Il retourna ainsi à la rivière, redevint poisson et nagea à la mer. C’est alors qu’il rencontra Temanutunuu qui revenait sur sa pirogue, et avec lequel il conversa longuement. L’homme invita le demi-dieu à revenir parmi les siens, mais celui-ci refusa poliment, prétextant qu’Hotutu aimait trop les chiens. Il reprit alors sa route et disparut dans l’océan…

Cependant, l’Homme-requin n’était pas parti sans laisser sa marque à Vaiari : ainsi, quand Varimatauhoe fut sur le point de quitter Hotutu, il lui dit:

« Vous me donnerez un enfant. Si c'est une fille elle vous appartiendra et vous lui donnerez votre nom ; si c'est un fils, vous l'appellerez Teva ; la pluie et le vent accompagneront sa naissance; partout où il ira, la pluie et le vent annonceront sa venue. II sera de la race des ariirahi. »

Un garçon finit alors par naître selon la prédiction, bien que l’on ne connaisse pas ses traits. Il fut cependant un personnage remarquable, connu de tous les Tahitiens, et en tant qu’ariihari, grand chef, il fut à l’origine des clans Teva. Rien n’est dit sur son héritage divin, à l’exception de son influence sur la météorologie.

Quoi qu’il en soit, le cas de Varimatauhoe constitue un exemple particulier de thérianthropie : les Tahitiens trouvent dans ce mythe une origine amenant à la fois une ascendance divine, mais aussi une proximité à l’océan et aux forces de la nature. Comme ailleurs, l’animal choisi s’impose comme représentant de l’animalité, la sauvagerie, ce qui pourtant contraste avec les qualités qu’on lui prête dans le récit, notamment cette fierté et ce raffinement.

A VOIR
Mémoires d’Ariitaimai, dans Bulletin de la Société des Etudes Océaniennes # 6, Tahiti : la Société, Papeete, 1922

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