mardi 30 décembre 2008

[MYTHOS] - Johann Conrad DIPPEL, homme qui se voulut Dieu ou inspirateur de Frankenstein ?


[MYTHOS] - Johann Conrad DIPPEL, homme qui se voulut Dieu ou inspirateur de Frankenstein ?


« Cela était naturellement terrifiant car les tentatives de l’homme pour singer la démarche prodigieuse du créateur du monde ne peuvent que causer une horreur suprême. »
Mary SHELLEY, Frankenstein ou le Prométhée moderne, Folio plus, 2008 (version originale en anglais parue en 1818)

Avec Andrew CROSSE, il est un autre personnage qui se trouve susceptible d'avoir inspiré Mary SHELLEY quand, en 1818, elle donna naissance à son scientifique fou, le docteur Victor Frankenstein, dans son œuvre fantastique, Frankenstein ou le Prométhée moderne : son nom est Johann Conrad DIPPEL.

DIPPEL est un homme marqué très tôt par la religion: en effet, il naît le 10 août 1673 au Château Frankenstein à proximité de Darmstadt et grandit dans une famille protestante. Son père, Johann Philipp DIPPEL est ministre du culte et pasteur à Niederramstadt, ce qui influence considérablement son développement intellectuel. Aussi, arrivé en âge de faire des études, il se consacre à la théologie en intégrant la Faculté de Théologie de Giessen où il est remarqué pour ses qualités. En 1693, sa thèse, De Nihilo, lui permet d'obtenir brillamment son diplôme, et de quitter Giessen pour Wittenberg et Strasbourg. Il publie alors nombre d'ouvrages réunis sous le titre Christianus Democtitus.

De 1700 à 1702, il engage une lute amère contre Conrad BROESKE à Offenbach, l’accusant de collusion avec les autorités après qu’il refusa de publier son ouvrage sur la flagellation ides Protestants imposée par la Papauté. D'autres ennemis commencent d'ailleurs à se manifester: ainsi, influencé par Gottfried ARNORD, un adepte du piétisme de Philipp Jacob SPENER, lune branche de l’Eglise Luthérienne il se consacre avec ses coreligionnaires à l’écriture d’un traité intitulé Papismus Protestantium, ce qui lui vaut alors d’être accusé d’hérésie et d’être emprisonné. Cet événement marque une rupture brutale dans sa vie, et, dégoûté à jamais par la théologie, il choisit de s’occuper dès lors de médecine et d’alchimie, menant une vie itinérante entre l’Allemagne, la Hollande et la Suède. Ce sont ces pérégrinations qui lui permettent de découvrir entre autre le bleu de Prusse et l’huile animale qui porte son nom et qu’on utilisait pour lutter contre l’épilepsie et le ver solitaire. Il rencontre aussi d'autres alchimistes, comme en 1707, quand il assiste à une transmutation aux Pays-Bas: il raconte ainsi qu'à Amsterdam, il fiai connaissance avec un adepte qui prétend détenir des vérités sur l’alchimie que son maître lui a demandé de révélé à tous, ce qu'il fait devant les yeux de DIPPEL.

Johann Conrad DIPPEL meurt, apparemment empoisonné, le 25 avril 1734 au Château Wittgenstein en Allemagne. Mais c'est avec sa mort que la légende semble prendre une nouvelle forme. Ainsi, selon Walter SCHEELE, historien local reprenant une théorie de Radu FLORESCU, son corps repose dans le village de Nieder-Beerbach. Cet auteur raconte ainsi que selon une lettre de 1813 de Jacob GRIMM envoyée à Mary Jane CLAIRMONT, belle-mère de Mary SHELLEY et traductrice des contes de GRIMM en langue anglaise, DIPPEL essayait de créer un homme constitué du sang de jeunes femmes et de différentes parties de corps humains. La prison de son château aurait d’ailleurs été utilisée comme laboratoire pour ses expériences controversées. C'est en 1814 que Mary SHELLEY, sa demi-sœur Claire CLAIRMONT et Percy BYSSHE SHELLEY visitant le Château Frankenstein sur le chemin du Lac de Genève, aurait alors eu connaissance de l’histoire de DIPPEL et s’en serait inspirée pour donner naissance au personnage de Victor Frankenstein dans son roman fantastique Frankenstein ou le Prométhée moderne. Toutefois, s'il faut voir que ces éléments avancés par SCHEELE ne sont connus de personne d'autre, cette théorie reste séduisante et confère à Johann Conrad DIPPEL une nouvelle dimension.

Portrait de Johann Conrad DIPPEL,
dans AYNSLEY E. E. & CAMPBELL W. A.,
Johann Konrad DIPPEL, 1673–1734, dans Medical History # 6, 1962, page 286

A VOIR
AYNSLEY E. E. & CAMPBELL W. A., Johann Konrad DIPPEL, 1673–1734, dans Medical History # 6, 1962, pages 281 à 286
SHANTZ Douglas H.,
Chapter 8: Feud with Johann Konrad DIPPEL, dans Between Sardis and Philadelphia. The Life and World of Pietist Court Preacher Conrad BROESKE, Leiden, 2008, pages 187 à 219
SCHEELE Walter,
Burg Frankenstein - Mythos, Wahrheit, Legende, Societäts-Verlag, 2001
SHELLEY Mary,
Frankenstein ou le Prométhée moderne, Folio plus, 2008

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