jeudi 13 novembre 2008

[neoUNIVERSEL] - Introduction, part I : Pour une réflexion sur l’imaginaire et le processus de création

[neoUNIVERSEL] - Introduction, part I : Pour une réflexion sur l’imaginaire et le processus de création

puzzle
un puzzle est un jeu de patience qui consiste à reconstituer un objet à deux ou trois dimensions à l'aide de pièces qui s'emboîtent les unes dans les autres

univers
l'univers est l'ensemble de tout ce qui existe et les lois qui le régissent


Illustration d’après CASSADAY John, Planetary # 26, Wildstorm, 2006

« Alice commençait à se sentir très lasse de rester assise à côté de sa sœur, sur le talus, et de n’avoir rien à faire : une fois ou deux, elle avait jeté un coup d’œil sur le livre que lisait sa sœur ; mais il ne contenait ni images ni dialogues : « Et, pensait Alice, à quoi peut bien servir un livre où il n’y a ni images ni dialogues ? »
Elle se demandait (dans la mesure où elle était capable de réfléchir, car elle se sentait tout endormie et toute stupide à cause de la chaleur) si le plaisir de tresser une guirlande de pâquerettes valait la peine de se lever et d’aller cueillir les pâquerettes, lorsque, brusquement, un Lapin Blanc aux yeux roses passa en courant tout près d’elle.

Ceci n’avait rien de particulièrement remarquable ; et Alice ne trouva pas non plus tellement bizarre d’entendre le Lapin se dire à mi-voix : « Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu ! Je vais être en retard ! » (Lorsqu’elle y réfléchit par la suite, il lui vint à l’esprit qu’elle aurait dû s’en étonner, mais, sur le moment, cela lui sembla tout naturel) ; cependant, lorsque le Lapin tira bel et bien une montre de la poche de son gilet, regarda l’heure, et se mit à courir de plus belle, Alice se dressa d’un bond, car, tout à coup, l’idée lui était venue qu’elle n’avait jamais vu de lapin pourvu d’une poche de gilet, ni d’une montre à tirer de cette poche. Dévorée de curiosité, elle traversa le champ en courant à sa poursuite, et eut la chance d’arriver juste à temps pour le voir s’enfoncer comme une flèche dans un large terrier placé sous la haie.

Un instant plus tard, elle y pénétrait à son tour, sans se demander une seule fois comment diable elle pourrait bien en sortir.

Le terrier était d’abord creusé horizontalement comme un tunnel, puis il présentait une pente si brusque et si raide qu’Alice n’eut même pas le temps de songer à s’arrêter avant de se sentir tomber dans un puits apparemment très profond. »

Lewis CAROLL, Alice aux Pays des Merveilles, 1865

L’œuvre de Lewis CAROLL illustre l’idée du pouvoir de l’imagination dans la préhension de l’univers à travers le concept d’imaginaire. Obéissant à une logique ineffable, le monde d’Alice au Pays des Merveilles témoigne de la capacité à générer un nouveau monde, régi par des règles et des normes qui lui sont propres : la folie, l’absurde, le paradoxe sont les lois de ces lieux… Une aberration qui est tout simplement permise par le biais du rêve (en ce qui concerne le personnage d’Alice) et par celui de la création (en ce qui concerne, cette fois, l’auteur lui-même, à savoir Lewis CAROLL). Tout relève alors de l'IMAGINAIRE.

Polysémique, le concept d’imaginaire renvoie ainsi à la multiplicité des sens, tous inexorablement soumis à la subjectivité. Il s’agit clairement de la capacité d’un groupe ou d’un individu à se représenter un univers à l’aide d’un réseau d’associations d’images qui, en étant confrontées les unes aux autres, lui confèrent un sens. Notons qu’il s’agit là bel et bien d’un univers, et non plus de l’univers… Nous parlons dès lors de la perception, de l’imagination qui gravite autour d’une réalité, et non plus de la réalité elle-même. Ce faisant, l’imaginaire intervient aussi bien la construction des mythes, que dans la réflexion philosophique ou le processus créatif inhérent au domaine artistique (précisions que peu importe la forme qu’il adopte, la règle est en effet toujours valable). Peu importe ceci, de toutes façons, il s’agit pour l’homme de créer.

Pour ce faire, il doit s’immerger pleinement dans ses pensées, générer différents éléments, qui, telles les pièces d’un casse-tête psychologique, doivent s’agréger pour donner un tout cohérent (quoi que parfois incohérent pour les autres), et générer une œuvre.

En effet, lorsque les pièces de son puzzle s’imbriquent enfin, un nouvel univers cohérent prend forme, et un dieu naît en même temps que sa création… Il repousse alors les limites de la réalité pour créer les limites de sa réalité… Le démiurge invente de nouveaux mondes, de nouvelles créatures, et donnent un sens à leur existence insignifiante entre ses mains. Un dieu… Le créateur est-il frappé par la mégalomanie ? Peut-être, car il est le maître absolu de son monde et accapare légitimement tous les pouvoirs. Sa volonté est sans entrave, sans limite, hormis celles que lui impose son infinie imagination et le carcan du réel qui permet de la concrétiser…

Futilement, ce pamphlet vise à une seule chose : expliquer comment notre propos nous permettra de nous attacher à ces imaginaires, dans une expérience qui nous mènera aux frontières de l’imagination…

Suivez le lapin blanc…

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