jeudi 27 novembre 2008

[DEMIURGE] - LARSEN Erik, le père du Dragon


[DEMIURGE] - LARSEN Erik, le père du Dragon

Le nom d’Erik LARSEN est intimement lié à celui du Savage Dragon, un super-héros original évoluant dans l’univers d’Image Comics. En effet, ce personnage constitue non seulement l’un des piliers de l’éditeur, mais s’impose véritablement comme la concrétisation d’un rêve d’adolescent pour son créateur.

Couverture de Savage Dragon # 1, premier épisode de la mini-série, par Erik LARSEN


I- De la naissance de la frustration…

Né le 8 décembre 1962 à Minneapolis dans le Minnesota, Erik Jon LARSEN a grandit entre Bellingham, Washington et Albion en Californie. Très tôt, il se passionne pour le dessin et crée son propre héros, le Dragon, qui deviendra plus tard le célèbre Savage Dragon. Aussi, en 1985, son travail au sein d’un fanzine l’amène à être repéré par Gary CARLSON, qui lui propose un comic-book professionnel, Megaton. C’est à ce moment qu’il introduit le personnage du Dragon au grand public.

Alors qu’il tente d’entrer en contact avec un éditeur pour décrocher un contrat, Erik LARSEN rencontre Jim SHOOTER, éditeur en chef de la Maison des Idées, lors d’une convention à Chicago. SHOOTER est si impressionné par le travail du jeune homme qu’il consent à co-scénariser une histoire avec lui, une histoire qui met en scène une bataille entre le géant Hulk et le dieu Thor. Si cette aventure ne fut jamais publiée, elle permit néanmoins à LARSEN de se faire repérer. Aussi, dès 1987, il est appelé à réaliser The Amazing Spider-Man # 287, un épisode fill-in de la série du Tisseur pour le compte de Marvel, mais aussi les numéros #13,14, 15, 16,17 de DNAgents pour Eclipse, ainsi que la partie artistique de la Doom Patrol pour DC. Peu après, il choisit de quitter DC pour travailler sur le Punisher chez Marvel, mais il n’est capable de tenir que cinq épisodes.

A l’époque, ce qui le hante, c’est non seulement dessiner, mais aussi de scénariser des aventures. Quand il a l’opportunité d’œuvrer en tant qu’artiste complet sur Nova, il n’hésite pas à quitter les frasques de Frank Castle… De fait, c’est quand Todd McFARLANE annonce son départ de la série The Amazing Spider-Man dont il a assuré l’immense succès, qu’Erik LARSEN a l’opportunité de se consacrer à un personnage important. Il est donc choisi pour succéder à McFARLANE et livre plusieurs histoires qui seront très populaires, parmi lesquelles The Return of the Sinister Six, The Cosmic Spider-Man et The Powerless Spider-Man. Cependant, bien qu’ayant acquis une position confortable avec l’Araignée, il est véritablement frustré de dessiner seulement les histoires des autres… Aussi, quand en 1992, Rob LIEFELD l’invite à participer à la création d’un nouvel éditeur de comic-books appelé Image, Erik LARSEN n’hésite pas longtemps, et s’allie ainsi à Todd McFARLANE, Rob LIEFELD, Jim LEE, Marc SILVESTRI, Whilce PORTACIO et Jim VALENTINO pour lancer de nouveaux héros pour ce label.

II- … au déchaînement du Dragon !


Couverture de The Dragon # 1, premier épisode de la mini-série, par Erik LARSEN

Pour lui, Image constitue une grande opportunité : il reprend alors son personnage du Dragon, et le met à jour en lançant la série Savage Dragon dont le succès est immédiat. Le Dragon. Un humanoïde à la peau verte, possédant un aileron sur le sommet du crâne et n’ayant que deux orteils à chaque pied. Le Dragon, dont le facteur auto-guérisseur lui octroie la faculté de se soigner et même de faire repousser ses membres. Le Dragon, aux origines auréolées de mystère, car son amnésie l’empêche de se souvenir de quoi que ce soit qui remonte avant son réveil dans un incendie à Chicago… tout du moins, jusqu’à la parution en 2006 de Savage Dragon # 0. Le Dragon, simplement le rêve d’Erik LARSEN.

En 1993, le Savage Dragon a commencé une aventure longue de plus de 100 épisodes, la série s’imposant avec Spawn comme la seule série originale qui soit encore publiée, mais aussi la seule dont tous les numéros furent scénarisés et dessinés par son créateur. A ce propos, on peut arguer qu’Erik LARSEN a clairement la volonté de faire en sorte qu’il n’existe aucun numéro du Savage Dragon dont il ne soit pas l’auteur complet… Ainsi, il existe deux versions de l’épisode # 13 : une première, réalisée par Jim LEE et Brandon CHOI en octobre 1994 dans le cadre d’un événement au cours duquel les séries d’Image étaient prêtées à d’autres créateurs, et une autre, reprise quelques mois plus tard par un Erik LARSEN perfectionniste qui en fit la seule et unique version officielle.

Dans les pages de cette série, il se fait véritablement plaisir, nouant avec l’influence de Jack KIRBY et Walt SIMMONSON quand il met en scène des scénarii teintés d’humour impliquant des terres alternatives (les épisodes # 43 à # 45), des délires cosmiques (Dieu et Satan bataillant fermement pour obtenir l’âme du Dragon dans l’épisode # 31), des batailles musclées (contre Overlord dans le # 21, contre Hercules et Thor dans le numéro # 47), amenant le héros à croiser les autres héros d’Image (commen l’attestent la présence de Spawn dans le # 30, des personnages de Wanted de Mark MILLAR dans le # 126, du super-héros Invincible de Robert KIRKMAN dans le # 139, ou de Witchblade dans le # 140) mais aussi des personnages réels… comme un candidat à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama, que le Dragon soutient fermement dans sa campagne et rencontre même dans l’épisode # 137.

Outre ce héros dont il poursuit toujours les aventures, Erik LARSEN laisse libre cours à ses idées et crée ainsi la Freak Force, le SuperPatriot, le Deadly Duo, et revitalise les Teenage Mutant Ninja Turtles. En sus de son travail chez Image, il est aussi retourné occasionnellement travailler chez Marvel sur des titres comme les Fantastic Four,Thor, The Defenders, Wolverine ou encore Nova. En 2004, Erik LARSEN est devenu l’Editeur d’Image Comics et en 2008, prépare le Dragon à retrouver les autres héros de l’univers Image au sein du crossover Image United.


Couverture de Savage Dragon # 1, premier episode de l’ongoing, par Erik LARSEN

A VOIR
Le Site Officiel de la série Savage Dragon
Le Site Officiel d’Image Comics

A noter que la série Savage Dragon fit même l’objet d’une adaptation animée de 26 épisodes diffusés entre 1994 et 1995.

mercredi 26 novembre 2008

[IMAGO MUNDI] - MATTINA Francesco, War Machine

[IMAGO MUNDI] - MATTINA Francesco, War Machine

Illustration de couverture pour War Machine # 2 par Adi GRANOV et Francesco MATTINA.

Illustration de couverture pour War Machine # 3 par Francesco MATTINA.

Illustration de couverture pour War Machine # 4 par Francesco MATTINA.

Illustration de couverture pour War Machine # 5 par Francesco MATTINA.

Illustration de couverture pour War Machine # 6 par Francesco MATTINA.

Illustration de couverture pour War Machine # 7 par Francesco MATTINA.

Illustration de couverture pour War Machine # 8 par Francesco MATTINA.

A VOIR

[ERGO SUM] - Terminator 4 Salvation : les techno-monstres de SkyNet


[ERGO SUM] - Terminator 4 Salvation : les techno-monstres de SkyNet

SkyNet. Une intelligence artificielle conçue par Miles Dyson pour la défense des Etats-Unis. Un instrument de paix, qui devint la mère de l'apocalypse. En effet, quand ses créateurs se sont aperçus qu'ils ne la contrôlaient plus, ils ont tenté de l'éteindre, mais celle-ci commença sa riposte en déclenchant le lancement de missiles nucléaires. Ce fut l'avènement du JUGEMENT DERNIER. Aussi, elle commença alors à créer des monstres de métal, des limiers infernaux chargés de l'élimination systématique des derniers survivants humains.

L'homme face à la machine.

SkyNet
choisit d'agir sur deux plans temporels. En effet, John Connor, leader de la résistance humaine, prit la décision de modifier le passé pour modifier les événements... L'IA dépêcha alors ses agents à la poursuite de ces hommes voyageurs du temps pour les contrer. C'est ainsi que le passé vit apparaître des machines comme le T-800, le T-850, le T-888, le T-1000, le T-X ou encore le T-1000000, les versions améliorées du T-1 créé par les hommes eux-mêmes. Mais dans le futur, les démons mécaniques sont bien plus terribles encore. Ils ont été créés à partir d'expériences sur les humains, de manière à lutter contre les humains. Outre le T-600, ancêtre du T-800, SkyNet a mis au point un patrouilleur aquatique baptisé Hydrobot, des Moto-Terminator équipées de puissantes mitrailleuses, un patrouilleur aérien nommé Hunter/Killer, et surtout, le géant Harvester, un monstre de plusieurs dizaines de mètres qui moissonne littéralement les vies humaines.

Les cités humaines ravagées en 2018

Voici à quoi ressemblent ces Terminator du futur... Voici les armes qui ont exterminé l'humanité, celles contre qui lutte John Connor et son mystérieux allié Marcus, rescapé des camps de la mort aux souvenirs voilés... Voici à quoi ressemble la mort en 2018...

John Connor achevant un Terminator

Voici des images du film et des dessins préparatoires réalisés par Martin LAING et Rob MCKINNON...

L'atelier de production des Terminator

L'évolution des Terminator anthropomorphes depuis le T-600

Le T-600

Les Hydrobots

Les Moto-Terminator

Le Hunter/Killer

Le Harvester

A VOIR
Le Site Officiel de Terminator Salvation
McGINTY NICHOL Joseph, Terminator 4 Salvation: The Future Begins, Columbia Pictures, 2009

[MULTIVERSE] - Mirror's Edge: Time is Running Out


[MULTIVERSE] - Mirror’s Edge: Time is Running Out

Dans une ville où l’information est contrôlée par le pouvoir, les données sensibles circulent loin des voies officielles grâce aux messagers. Un crime a été commis dans ce monde sans violence, votre sœur est accusée et vous être poursuivie.





Vous êtes Faith, une agile coursière. Cette aventure innovante se passe à travers vos yeux. Sur le fil vous restez en mouvement, et donc en vie.

Il est un monde où d’étranges messagers parcourent les toits afin d’accomplir leur périlleuse mission, délivrer à tous prix leur missive. Un monde où la perfection est le maître-mot. Un monde où la liberté n’existe plus. Ce monde est celui de Mirror’s Edge.

I- Mirror’s Edge : Welcome in a perfect world

Le monde a changé. La crise a généré un important bouleversement économique, et les gouvernements ont choisi de remédier à tout cela en se radicalisant : ainsi, les problèmes de la pollution, du chômage, de la criminalité ou encore des embouteillages ont été réglés, conférant aux habitants un nouveau confort et une qualité de vie disparue depuis longtemps. L’apparence même de la ville expose cette nouvelle magnificence aux yeux de tous : des immeubles aux murs blancs immaculés et aux vitres impeccables qui ne reflètent rien… ce sont les symboles qui expriment toute la gloire de ce nouveau monde. Un univers lisse où chacun est libre de ses pensées et n’a à craindre aucune agression.


Une belle utopie…

En effet, ces décisions n’ont pas été sans répercutions : les citoyens ont ainsi perdu nombre de leurs droits et libertés, car pour faire régner l’ordre imperturbable, les autorités ont renforcé les contrôles. Ainsi, les caméras de surveillance et les policiers pullulent dans la cité, tels les instruments de la terreur orchestrée par les politiques. Les dignitaires ont signé pour cette nouvelle vie, car ils sont les principaux bénéficiaires de ce monde tout sécuritaire. Mais pour le reste de la population, cette utopie apparente n’est autre qu’une dystopie dissimulant l’oppression, la ségrégation et l’exacerbation des disparités sociales. Mais parmi ces victimes, certaines ont choisi de se rebeller, luttant contre ce régime totalitariste par l’entremise de la marginalisation et d’une organisation clandestine.


II- Runners : Catch me if you can

« Observez la ville comme la voient les messagers. Révélez le fil du miroir. Les toits deviennent des chemins, et les conduits, des issues et des raccourcis. Sur le fil vous restez en mouvement, et donc en vie. »

Une rébellion…


Les Runners en sont l’incarnation la plus connue. Ce sont les messagers de l’opposition, des hommes et des femmes qui risquent leur vie pour transmettre des informations à leurs pairs, tout en cherchant à échapper au contrôle des autorités. Ce sont des athlètes, qui maîtrisent l’art du déplacement, le Parkour, une pratique extrême qui consiste à évoluer en milieu urbain tout en se servant des éléments du décor, autant d’obstacles qu’il leur faut franchir en escaladant ou en effectuant des sauts. Pour échapper à l’emprise de la police, les Runners, tels Faith ou Celeste, essaient de trouver des chemins qui passent par des endroits que nul n’emprunterait habituellement, cherchant les obstacles qu’ils peuvent franchir par des mouvements qui se veulent aussi simples que rapides.

Image par Matthew DOW SMITH, dans PRATCHETT Rhianna, Mirror’s Edge # 2, Wildstorm, 2008

La pratique du Parkour exige naturellement une excellente condition physique pour résister aux chocs, mais aussi une grande agilité, un mental et une confiance en soi hors pair. Durant leurs courses, ils calculent tout : ainsi, la prise de risques est toujours calculée, même si cela n’empêche pas le Runner de tomber à l’occasion sur des policiers. Dans ce cas, il ne suffit pas d’être agile, il faut être efficace. Eviter les balles est une chose difficile, et pour le messager, il faut absolument neutraliser le policier en espérant se créer une occasion. Aussi doit-il s’exercer pour neutraliser rapidement l’ennemi, au moins suffisamment longtemps pour trouver le temps de fuir.


Malgré ces rencontres, ce n’est pas pour autant que les messagers jouent sur la discrétion : en effet, s’ils évoluent dans les coins les plus improbables, et souvent les toits, ils ne cherchent pas à se cacher, comme en témoigne les couleurs qu’ils arborent sur leurs vêtements, des couleurs chatoyantes qui contrastent avec le style épuré et la monochromie de l’architecture environnante.

III- Faith : Rage against the machine

Faith est l’une de ces femmes engagées dans la résistance. Jeune et particulièrement douée, elle compte nombre de missions à son actif, obéissant sans hésitation à Mercury. Cet homme est son mentor, celui qui l’a pris sous son aile après qu’elle ait pénétré par effraction son appartement quelques années plus tôt. Aujourd’hui, il l’informe de ses missions, et la guide dans ses déplacements par radio. Pour les Runners, il est tel le Mercure des Romains, messager des dieux qui s’affranchit de tous les obstacles pour délivrer sa missive. Quant à Faith, il est toute sa vie, car son quotidien est le Parkour.

Cependant, elle se retrouve bientôt piégée quand Kate, sa sœur qui travaille pour la police, va se retrouver emprisonnée pour un meurtre qu’elle n’a pas commis. Faith trace alors son propre chemin et se doit de trouver les preuves du complot, mais aussi disculper l’être qui lui est le plus cher.

Image par Matthew DOW SMITH, dans PRATCHETT Rhianna, Mirror’s Edge # 1, Wildstorm, 2008

Aussi, sa maîtrise des arts martiaux et sa connaissance de la ville ne seront pas de trop, surtout qu’elle devra composer avec Jack, un autre Runner, qui a choisi de jouer contre elle. Pour remplir ses objectifs, Faith utilisera son sixième sens, la Runner’s Vision, une capacité qu’ont développé certains coursiers et qui leur permet de repérer les éléments du décor qui pourront leur servir à gagner du temps dans leur dangereuse progression. Ainsi, elle évoluera non seulement sur les toits, mais aussi dans le métro, ou encore au cœur d’un storm sewer, une énorme structure en béton servant à contrer les tsunami, dans l’espoir de préserver ce qui fait que ce monde n’est pas totalement pourri : sa sœur.

Vivre ou mourir ? Voler ou plonger ? Une chose est sûre, cette ville vous apprendra à courir.

jeudi 20 novembre 2008

[MYTHOS] - La trépanation ou le dévoilement de la réalité


[MYTHOS] - La trépanation ou le dévoilement de l'âme

« Il y a bien longtemps, assurent nos légendes, hommes et femmes pouvaient utiliser le Troisième Œil. C'était l'époque où les dieux venaient sur la terre et se mêlaient aux humains. Les hommes se voyant déjà leurs successeurs, essayèrent de les tuer, sans penser que ce que l'homme pouvait voir, les dieux le voyaient encore mieux. En punition, le Troisième Œil fut fermé. Depuis, au cours des siècles, une minorité a reçu à sa naissance le don de clairvoyance. Ceux qui l'avaient naturellement ont pu avoir son pouvoir multiplié par mille, grâce à un traitement approprié, comme celui qui m'avait été appliqué. Il va de soi qu'un talent aussi particulier doit être traité avec précaution et respect. »

Lobsang RAMPA, Le Troisième Œil, J’ai Lu, 1956

trépanation
mot issu du grec trypanê, qui signifie tarière, l’instrument en forme de vrille servant à faire des trous.
La trépanation est une pratique consistant à percer une ouverture dans le crâne

S’affirmant comme la plus ancienne pratique neurochirurgicale, la trépanation ante-mortem constitue aussi bien un acte médical que rituel. Dans cette seconde perspective, il s’avère particulièrement intéressant de voir comment les croyances lui confèrent la faculté de dévoiler la réalité, entre autre par le biais du Troisième Œil.

Gravure de Peter TREVERIS figurant la trépanation en 1525. Publié dans Edward HODNETT, English Woodcuts 1480-1535, Oxford University Press, 1973

I- De l’acte rituel au spiritualisme

C’est à Ensisheim, dans le Haut-Rhin, plus précisément sur le site baptisé “Les Octrois”, que fut découvert le plus vieux crâne trépané à ce jour. Il daterait de plus de 7.000 ans. Les anthropologues ont observé des traces de cette pratique non seulement en France, mais également chez les anciens Egyptiens, Chinois, Indiens, Grecs et Romains, lui conférant un aspect quasi universel. Il faut cependant convenir que ces actes deviennent de plus en plus rares à partir de la fin du Néolithique, mais que les sources attestent toujours sa présence chez les Celtes, les Francs et leurs descendants mérovingiens, et ce, jusqu’au Ve siècle.

Le premier crâne trépané fut mis à jour en 1685 par Bernard DE MONTFAUCON sur le site de Cocherel. Néanmoins, il faut bien attendre 1816 pour que soit présenté un crâne « présentant un traumatisme qui avait fait perdre une partie du crâne, ce qui n’empêcha pas son possesseur de vivre encore de longues années », et qui fut donc identifié comme un crâne qui a subi une opération. Il fut découvert à Nogent-les-Vierges par Jean-Denis BARBIÉ DU BOCAGE.

En 1873, M.PRUNIERES découvre au cœur d’un dolmen de Lozères un morceau d’os pariétal qui fut utilisé en tant qu’amulette. Il est alors le premier à évoquer la trépanation, mais l’opération semble alors restreinte à une simple pratique rituelle. Ce n’est en effet qu’en 1878 que Just Lucas-Championnière considère qu’elle dépasse ce cadre et s’affirme aussi comme une opération chirurgicale, dont le but est de faire diminuer la pression à l’intérieur du crâne. Le paléontologue Paul BROCA a étudié ces cas, et en a présenté une typologie.

« Je me propose d’établir les deux faits suivants :
On pratiquait à l’époque néolithique une opération chirurgicale consistant à ouvrir le crâne pour traiter certaines maladies internes. Cette opération se faisait presque exclusivement, peut-être même exclusivement sur les enfants (trépanation chirurgicale).
Les crânes des individus qui survivaient à cette trépanation étaient considérés comme jouissant de propriétés particulières, de l’ordre mystique, et lorsque ces individus venaient à mourir, on taillait souvent dans leurs parois crâniennes des rondelles ou fragments qui servaient d’amulettes et que l’on prenait de préférence sur les bords mêmes de l’ouverture cicatrisée (trépanation posthume).

Paul BROCA, Sur les trépanations du crâne et les amulettes crâniennes à l’époque Néolithique, Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique, Budapest, 1876, page 9

Cependant, cette pratique soulève une question cruciale : comment l’homme préhistorique a-t-il réussi à réaliser une trépanation, un acte chirurgical complexe, sans que la santé de l’individu s’en trouve affectée ? Paul BROCA a ainsi démontré qu’il était possible de réaliser cette ouverture sur des chiens à l’aide d’outils en silex taillés, sans que l’animal n’en sorte ne serait-ce qu’handicapé. Par ailleurs, George Grant MCCURDY a observé pas moins de cinq trépanations sur un crâne précolombien, constant qu’une seule laissa des signes d’infection : une étude comparative sur 45 crânes mésoaméricains l’amène à comprendre que les méthodes pour combattre ce mal étaient maîtrisées, et il pense notamment aux différentes techniques utilisées dans le cadre de la momification. En effet, sur ce total de 45 crânes, il affirme que 26 ont survécu à l’opération, 11 ont présenté des signes de guérison partielle, mais que seuls 8 sont morts au cours de la trépanation.

Mais quelles sont les raisons qui amènent ces hommes à opérer de tels actes ante-mortem? De fait, les Aïnous du Japon effectuaient une trépanation pour soigner la syphilis. De Par ailleurs, nombre d’ouvrages de l’époque moderne présentent cet acte comme un moyen de soigner divers maux en évacuant les humeurs. Mais dans le cadre des trépanations à but médical à l’époque préhistorique, Paul BROCA a dit qu’elles visaient à soigner les cas d’épilepsie, d’hystérie, de delirium, de convulsions et de folie, souvent sur les enfants, permettant ainsi aux mauvais esprits de s’échapper par le trou réalisé. La poudre d’os était alors certainement recueillie pour ses propriétés curatives, apotropaïques ou propitiatoires.

A noter l’existence d’une autre forme de chirurgie pratiquée sur le crâne : plus rare, L. MANOUVRIER l'a appelée marque sincipitale en T. Le T sincipital est en fait une cicatrice s'étendant sur toute la région supérieure du crâne, qui fut exclusivement rencontrée chez des femmes et enfants, et on ignore s’il s’agissait d’une forme de punition, de scarification, ou d’une pratique magique.

Quoi qu’il en soit, il est intéressant de voir que la trépanation dépasse souvent le simple cadre thérapeutique, et c’est ce qui a marqué certains personnages du XXe siècle. En effet, le plus grand avocat de la trépanation à des fins non-médicales est un allemand illuminé nommé Bart HUGHES, dont le discours clame que cette procédure doit être utilisée pour atteindre un plus haut niveau de conscience. En 1962, il publie une monographie intitulée The Mechanism of Brainbloodvolume. Homo Sapiens Correctus, où il présente les bienfaits de cet acte. Il choisit d’ailleurs en 1965 de pratiquer l’ouverture sur son propre crâne, et fut suivi par nombre d’adeptes dans son entreprise, parmi lesquels les plus célèbres furent Amanda Feilding et Joey Mellen. Autour de sa personne se constitua un groupe important auquel l’auteur russe John MICHELL se réfère dans le chapitre "The People With Holes in their Heads" de son ouvrage Eccentric Lives & Peculiar Notions. Il s’agit de l’International Trepanation Advocacy Group, une organisation qui vante les bienfaits de cette pratique. Ses membres ont consacré un bâtiment à Mexico où ils peuvent subir sur la base du volontariat cette pratique destinée à accroître leurs facultés mentales en ouvrant leur Troisième Œil.

II- Le Troisième Œil : Open your eyes, open your mind

« La question se pose depuis des siècles : qu'est-ce que le Troisième Œil ? Une glande appelée pinéale, une vertu spirituelle, une faculté conférant le pouvoir de voir l'essence invisible derrière les phénomènes du monde ? Est-il la cause de la clairvoyance ou le centre spécifique de l'intuition ? Autant de questions auxquelles l'auteur a essayé de répondre en comparant les plus grandes traditions ou livres sacrés d'Orient comme d'Occident. Outre son utilisation dans les mythes, les romans ou le cinéma, le troisième œil, de par son universalité, devait faire l'objet d'une étude sérieuse et complète, en raison de l'importance que lui confèrent les sages de l'Inde en tant que centre de perception divine par lequel l'adepte est éclairé de la vérité ultime. »

Michel COQUET, Le Troisième Œil : dans les mythes, l’histoire et l’homme, Alphée, 2008

Le Troisième Œil. Jnana chakshu. L’œil de la connaissance. Il s’agit d’un point qui se situe sur le front, au niveau de l’ajna chakra, le sixième chakra, que les divinités ou les personnes saintes représentent en Inde avec un point ou une marque sur le front. Plus généralement, beaucoup d’Indiens arborent ce symbole avec le tilak ou le bindi. Dans les Upanishads, ce troisième œil est la dixième porte qui conduit au monde intérieur. Dans le bouddhisme, l’Urna, figuré sur les statues des bouddhas et des bodhisattvas des IIe et IIIe siècles, symbolise cet œil. Quant au Taoisme, il préconise la focalisation l’attention sur un point entre les sourcils de manière à ouvrir le Troisième Œil.

On le voit, le Troisième Œil est omniprésent dans les religions asiatiques. C’est d’ailleurs là qu’il trouve ses origines, ce qu’ont bien compris les avocats de la trépanation qui y puisent leur argumentation : si le Troisième Œil est si important pour ces hommes, c’est que quelque part, il permet à l’homme de devenir plus grand et de dévoiler la réalité du monde qui l’entoure.

L’écrivain Cyril Heny HOSKIN (8 avril 1910 - 25 janvier 1981), plus connu sous le nom de Lobsang RAMPA, incarne bien cette idée. Ainsi, en novembre 1956, il publie au Royaume-Uni un livre intitulé Le Troisième Œil. Il y raconte son expérience au cœur de la lamaserie du chakpori à Lhassa où il aurait grandi depuis l’âge de sept ans, et où il aurait subi le lendemain de son huitième anniversaire une trépanation destinée à ouvrir son Troisième Œil. Voici comment il décrit ce moment :

« Le jour mourut et ce fut la naissance du soir. Je me rendis dans la petite chambre d'où je ne devais pas sortir. Des bottes de feutre souple glissèrent doucement sur les dalles du corridor et trois lamas de haut rang entrèrent dans la pièce. Ils posèrent une compresse d'herbes sur mon front, qu'ils maintinrent en place par un bandage serré. Ils ne devaient revenir que plus tard dans la soirée. Le Lama Mingyar Dondup était l'un d'entre eux. La compresse fut enlevée et mon front nettoyé et essuyé. Un lama taillé en hercule s'assit derrière moi et me prit la tête entre ses genoux. Le deuxième ouvrit une boîte d'où il sortit un instrument d'acier brillant. Cet instrument ressemblait à une alêne, si ce n'est que son évidement au lieu d'être rond était en forme d'U et que sa pointe était finement dentelée. Après l'avoir examiné, le lama le stérilisa à la flamme d'une lampe.
- L'opération va être très douloureuse, me dit mon Guide en me prenant les mains et il est indispensable que tu aies toute ta connaissance. Ce ne sera pas long. Efforce-toi par conséquent de rester aussi calme que possible.
J'avais sous les yeux un véritable assortiment d'instruments et une collection de lotions d'herbes. « Eh bien, Lobsang, mon garçon, pensai-je, ils vont te régler ton compte, d'une façon ou d'une autre... Tu n'y peux rien, si ce n'est de rester tranquille ».
Le lama qui tenait l'alêne jeta un coup d'œil aux autres :
- Prêts ? Allons-y, le soleil vient juste de se coucher.
Il appliqua la pointe dentelée sur le milieu de mon front et fit tourner le manche. Une minute, j'eus l'impression d'être piqué par des épines. Le temps me parut s'arrêter. La pointe perça ma peau et pénétra dans ma chair sans me faire autrement souffrir, mais quand elle heurta l'os, il y eut une légère secousse. Le moine accentua sa pression, tout en remuant légèrement l'instrument pour que les petites dents puissent ronger l'os frontal. La souffrance n'était pas aiguë : rien qu'une simple pression accompagnée d'une douleur sourde. Je ne fis pas un mouvement car le Lama Mingyar Dondup me regardait : j'aurais préféré rendre l'âme plutôt que de bouger ou de crier. Il avait confiance en moi comme j'avais confiance en lui, et je savais qu'il ne pouvait qu'avoir raison dans tout ce qu'il faisait ou disait. Il surveillait l'opération de très près ; de légères contractions aux plis des lèvres trahissaient la tension de son esprit. Tout à coup, il y eut un craquement léger : la pointe avait pénétré dans l'os. Immédiatement le lama-chirurgien qui était sur le qui-vive cessa d'appuyer. Il garda solidement en main la poignée tandis que mon Guide lui passait un éclat de bois très dur, d'une propreté parfaite, traité au feu et aux herbes pour lui donner la dureté de l'acier. Il inséra cet éclat dans le U de l'alêne et le fit glisser jusqu'à ce qu'il arrive en face du trou pratiqué dans mon front. Puis, il se poussa légèrement de côté pour que mon Guide puisse se placer en face de moi ; sur un signe de lui, il fit avancer, avec des précautions infinies, le morceau de bois de plus en plus profondément dans ma tête. Soudain, j'eus la curieuse sensation qu'on me piquait, qu'on me chatouillait l'arête du nez. Cette sensation disparut et je devins conscient de certaines odeurs légères que je ne pus identifier. Ces odeurs disparurent à leur tour, et j'eus l'impression de pousser un voile élastique ou d'être poussé contre lui. Brusquement, je fus aveuglé par un éclair.
- Arrêtez ! ordonna le Lama Mingyar Dondup. Un instant la douleur fut intense, elle me brûlait comme une flamme blanche. La flamme diminua d'intensité, mourut et fut remplacée par des volutes colorées, et des globes de fumée incandescente. L'instrument de métal fut délicatement retiré. L'éclat de bois devait rester en place pendant deux ou trois semaines, que j'allais passer dans cette petite pièce plongée dans une obscurité presque totale. Personne ne serait admis à me voir, à l'exception des trois lamas qui, jour après jour, continueraient à m'instruire. Tant que le bois n'aurait pas été enlevé, on ne me donnerait en fait de nourriture et de boisson que juste ce qu'il fallait pour me maintenir en vie.
- Tu es maintenant des nôtres, Lobsang, me dit mon Guide, au moment où on m'entourait la tête d'un bandeau pour maintenir l'éclat de bois. Jusqu'à la fin de ta vie, tu verras les gens tels qu'ils sont et non plus comme ils font semblant d'être. C'était une expérience curieuse que de voir ces trois lamas baigner dans une flamme dorée. Plus tard seulement, je compris qu'ils devaient cette aura dorée à la pureté de leurs vies, et qu'il fallait s'attendre à ce que celle de la plupart des gens ait un tout autre aspect.
Quand ce nouveau sens se fut développé sous l'habile direction des lamas, je découvris l'existence d'autres émanations lumineuses qui ont leur source dans le centre de l'aura. Par la suite, je devins capable de diagnostiquer l'état de santé de quelqu'un d'après la couleur et l'intensité de son aura. De même la façon dont les couleurs s'altéraient me permettait de savoir si l'on me disait la vérité ou si l'on me mentait. Mais ma clairvoyance n'eut pas le corps humain pour seul objet. On me donna un cristal que je possède encore et avec lequel je m'exerçais fréquemment. Il n'y a rien de magique dans ces boules de cristal. Ce ne sont que des instruments. Un microscope ou un télescope permettent, par le jeu de certaines lois naturelles, de voir des objets qui normalement sont invisibles. Il en va de même pour les boules de cristal. Elles servent de foyer au Troisième Œil avec lequel il est possible de pénétrer dans le subconscient des êtres et de se souvenir des faits qu'on y glane. Tous les types de cristal ne conviennent pas à tout le monde. Certains obtiennent de meilleurs résultats avec le cristal de roche, d'autres préfèrent une boule de verre. D'autres encore utilisent un bol d'eau ou un simple disque noir. Mais quelle que soit la technique employée, le principe reste le même. »

Lobsang RAMPA, Le Troisième Œil, J’ai Lu, 1956

Il apparaît donc que cette expérience de la trépanation ouvrit sur le front du jeune garçon le Troisième Œil qui lui conféra de découvrir une nouvelle réalité du monde, basée sur l’invisible, sur l’aura des hommes et leur véritable nature, cette idée même sur laquelle repose Homunculus, l’œuvre d’Hideo YAMAMOTO. Ce don de clairvoyance permettrait d’atteindre le niveau supérieur de conscience recherché par Bart HUGHES et ses disciples, et de dévoiler l’illusion du monde, la Mâyâ.

A VOIR
BOËS E. , Les techniques de trépanation en Alsace au cours du néolithique, dans SCHNITZLER B., LE MINOR J.-M., LUDES B., BOES E. (dir.) Histoire(s) de squelettes : archéologie, médecine et anthropologie en Alsace, Edition des Musées de la Ville de Strasbourg, Strasbourg, 2005, pages 222 à 224
BROCA Paul, Sur les trépanations du crâne et les amulettes crâniennes à l’époque Néolithique, Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistorique, Budapest, 1876
COQUET Michel, Le Troisième Œil : dans les mythes, l’histoire et l’homme, Alphée, 2008
HUGHES Bart, The Mechanism of Brainbloodvolume. Homo Sapiens Correctus, 1962
LUCAS CHAMPIONNIÈRE Just, Les origines de la trépanation décompressive. Trépanation néolithique, trépanation pré-colombienne, trépanation des Kabyles, trépanation traditionnelle. Avec 32 figures., Steinheil, Paris, 1912
MACCURDY George Grant Human skeletal remains from the highland of Peru, Am. J. Phys. Anthrop., 6, 1923
MANOUVRIER L., Le T sincipital. Curieuse mutilation crânienne néolithique, dans Bulletins de la Société d'Anthropologie de Paris, série 4, tome 6, pages 357 à 360, Masson, Paris, 1895
MICHELL John, Eccentric Lives & Peculiar Notions, Black Dog & Leventhal Publishers, 2003 (1984)
RAMPA Lobsang, Le Troisième Œil, J’ai Lu, 1956
RESTAK Richard, Fixing the Brain, dans Mysteries of the Mind, National Geographic Society, Washington D.C., 2000
ROUSE Sheelagh, Dans l'ombre de Lobsang Rampa, Presses du Châtelet, 2007
SCHMERLING P.C., Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la province de Liège, vol. III, Atlas des planches, Collardin, Liège, 1834

dimanche 16 novembre 2008

[ARS MAGNA] - YAMAMOTO Hideo, Homunculus, ou la vision de l'âme


[ARS MAGNA] - YAMAMOTO Hideo, Homunculus, ou la vision de l'âme

En 2003, Hideo YAMAMOTO débute pour la Shogakugan le manga Homunculus, dans lequel il expose l’idée que certains hommes accaparent la faculté de passer outre l’illusion des apparences pour découvrir la nature profonde de ses semblables…


Vous êtes un SDF et votre seule fortune est votre voiture. Pas un super modèle, juste une à laquelle vous tenez. Mais voilà que, du jour au lendemain, même cela vous est enlevé. Comment allez-vous remonter la pente ? En acceptant l'argent qu'on vous offre moyennant votre trépanation ? Vous pourriez en sortir diminué. Mais vous pourriez en sortir grandi. Ou vous pourriez ne pas en sortir tout court ! Découvrez ce que les gens cachent de plus noir au fond d'eux et apprenez à vivre avec ce secret.

L’histoire débute à Tôkyô par un froid matin d’hiver, quand le « gars à la voiture », comme l’appellent les sans-abris du parc, quitte son véhicule pour débuter une nouvelle journée. A la rue depuis deux semaines, cet homme de 34 ans, qui se prétend aussi bien dessinateur que garagiste, n’en garde pas moins son costume et hésite à se mêler aux autres SDF, comme s’il refusait d’accepter sa condition. Comme s’il s’agissait de marquer cela, il gare son auto entre le parc de Shinjuku et l’hôtel de première classe qu’il fréquentait jadis, et y passe toutes ses nuits. Quant à ses journées, elles sont étranglement vides… Il s’occupe de sa voiture et passe deux heures chaque jour au bord de la mer. En attendant le lendemain… C’est alors que cette monotonie est troublée quand il rencontre un jeune homme qui lui propose la somme de 700.000 yens contre la pratique d’une trépanation.

trépanation

la trépanation est le nom générique d'une opération chirurgicale qui consiste à pratiquer un trou, grâce à un trépan dans la boîte crânienne





Le « gars à la voiture » refuse, mais s’y retrouve contraint quand ce jeune homme lui joue un mauvais tour en faisant retirer sa voiture par la fourrière. C’est ainsi que Susumu Nakoshi choisit d’accepter le marcher dans l’optique de retrouver son nid douillet. Il suit alors Manabu Ito chez lui, dans une pièce aménagée, pour pratiquer cette opération. Ito est un étudiant en médecine au look rebelle. Fils d’une famille riche, il se pose des questions quant à la nature de l’homme… et notamment son 6e sens, qu’une trépanation serait susceptible d’activer.

"La trépanation, contrairement à la lobotomie ou la neurochirurgie, ne touche pas au cerveau, mais seulement au crâne. On l’applique depuis le Néolithique. Et à notre époque, à l’étranger, énormément de personnes l’ont subies. Il existe même une organisation hollandaise nommée Itag qui répand l’expérience de la trépanation."

"Les êtres humains, quand ils naissent et jusqu’à l’âge d’un an et demi, ont des petites fissures. Des trous dans le crâne ! Quand ils grandissent et deviennent adultes, ces trous se résorbent, et le crâne se referme ! <…> En forant un trou dans le crâne refermé d’un adulte, la pression à l’intérieur change, une plus grande quantité de sang arrive au cerveau et on dit qu’il peut alors retourner à une meilleure activité. <…> Votre cerveau a retrouvé l’activité qu’il avait lorsque vous étiez bébé."

Manabu Ito, étudiant en médecine, qui essaye de rassurer son patient, Susumu Nakoshi

Ce 6e sens peut exister sous différentes formes : spiritisme, clairvoyance, télépathie, radiesthésie, télékinésie, psychométrie, précognition. Pour vérifier quelles capacités Nakoshi va développer, Ito lui a préparé une série de tests… Cependant, rien ne se passe dans un premier temps… jusqu’au moment où, dans la rue, Susumu Nakoshi découvre le vrai visage de l’être humain… les HOMUNCULUS. Sa vie se retrouve alors bouleversée puisqu’il a développé un étrange pouvoir qui lui donne la capacité de percevoir de son œil gauche les individus qui l’entourent sous la forme de ce qui les tourmente le plus…

homuncule

un homoncule (du latin homonculus, qui signifie « petit homme ») est une copie d’un être humain que certains alchimistes chercheraient à créer.

Dans l’œuvre de YAMAMOTO Hideo (un mangaka réputé comme l’un des plus transgressifs du Japon, et qui s’avère être l’auteur du très controversé Koroshiya Ichi (Ichi the Killer)), il ne s’agit donc pas d’homoncule au sens strict, mais ce terme renvoie à cette facette spirituelle de l’être humain marqué par ses tourments. Il s’agit donc bel et bien d’une copie de l’individu, mais elle reste associée à un double psychique, une représentation issue de souffrances psychologiques.


L’auteur part de la pratique de la trépanation pour justifier l’apparition de ces homunculus. Il faut savoir que la trépanation est la forme la plus ancienne de la chirurgie dont il existe des preuves tangibles. En effet, l’examen de crânes humains atteste de la pratique de ces opérations dès le Mésolithique. A l’époque, il s’agit certainement encore d’un rituel apotropaïque, une initiation mystique, qui perdure d’ailleurs chez les civilisations précolombiennes. Néanmoins, les écrits d’Hippocrate de Cos, de Galien ou de Celse montrent que la trépanation n’a plus aucune valeur spirituelle, mais uniquement médicinale. Au Tibet, elle est supposée permettre l’ouverture du Troisième Œil. C’est en partant de ces mythes qu’Hideo YAMAMOTO forge le concept d’Homunculus, une œuvre profondément atypique qui joue autant sur l’occulte que la psychologie. En effet, via ce pouvoir étrange, son personnage de Susumu Nakoshi s’immisce dans l’intimité de chacun, découvrant le passé et les traumatismes subis.

Ainsi va-t-il commencer à se mêler aux affaires d’un yakuza qu’il a « vu » sous les traits d’un enfant enfermé au sein d’un robot, enfant qui s’apprête à se couper le petit doigt à l’aide d’une faucille. Nakoshi se donnera ainsi pour mission de comprendre l’origine de cet homoncule pour aider ce caïd. Finalement, après avoir réussi à le « dérobotiser », il comprend qu’il doit poursuivre sur cette voie, bien que tout ait réveillé certains de ses vieux souvenirs d’enfance. Discutant avec Ito de sa rencontre troublante, Nakoshi reçoit des réponses à ses questions : pour l’étudiant, ces monstres sont des homunculus, des distorsions matérialisant les troubles de leur psychisme. Ensemble, ils décident alors de trouver un patient dont l’homoncule serait particulier. Ils se focalisent alors sur une lycéenne désorientée, qui n’hésite pas à exhiber son corps pour de l’argent et à voler des produits cosmétiques dans les grands magasins… et dont l’homunculus s’avère être une polymorphe constituée de sable. Manabu Ito, qui apparaît comme un homme entièrement constitué d’eau, intervient alors l’invitant dans un café et en établissant le profil psychologique de la jeune femme par le biais d’une psychanalyse. Elle se retrouve alors choquée lorsqu’elle doit affronter ses angoisses…

Différentes aventures confrontent alors Susumu Nakoshi à la réalité de son pouvoir, ce qui l’amène à se remémorer son passé…

Employé d’une banque étrangère, il fréquentait assidûment cet hôtel de luxe où il invitait des jeunes femmes qu’il couvrait de cadeaux afin de recevoir leurs faveurs buccales dans l’unique espoir de se sentir vivre. Alors qu’il repense à tout cela, il choisit finalement de mettre fin à cette expérience de trépanation. L’homme demande alors à un Ito désemparé d’arrêter tout cela et de reboucher le trou. Alors que l’étudiant s’apprête à lui obéir, le patient lui révèle l’apparence sous laquelle il le voit… S’en suit un moment de tension, à l’issue duquel Nakoshi fait un choix crucial : il insiste pour que Ito lui couse la paupière de l’œil droit, afin de vivre pleinement dans le monde des homoncules.

Homunculus s’impose donc comme un seinen manga atypique, qui saura marquer le lecteur. Aussi choquante que malsaine (on retiendra notamment la scène où la lycéenne se fait saigner pour goûter son sang, tandis qu’en parallèle, Nakoshi se masturbe pour goûter son sperme), la série est sublimée tant par la narration que le style graphique de l’auteur. Ainsi, Hideo YAMAMOTO réussit à intensifier les dialogues et la pertinence des révélations aussi bien en jouant sur les cadrages qu’en étirant ses scènes au maximum… ce qui confère à l’ensemble un aspect peut-être trop décompressé. Mais surtout, c’est l’originalité des homoncules qui achève de convaincre, tant leur apparence métaphorique est parfois originale et parfaitement représentative de l’état d’esprit de son porteur. Ainsi on se complaît à chercher dans les arrière-plans les individus qui subissent le viol de leur intimité psychique par Nakoshi. En définitive, Hideo YAMAMOTO signe donc une œuvre originale, un seinen remarquable au scénario intelligent et au caractère psychologique poussé.




Et vous, quel est votre HOMUNCULUS ?


A VOIR
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 1, Tonkam, 2005
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 2, Tonkam, 2005
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 3, Tonkam, 2006
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 4, Tonkam, 2006
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 5, Tonkam, 2006
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 6, Tonkam, 2007
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 7, Tonkam, 2007
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 8, Tonkam, 2008
YAMAMOTO Hideo, Homunculus # 9, Tonkam, 2008